Dossier d'archives · OSINT / analyse de corpus Chaîne YouTube Thinkerview Périmètre clos le 23.02.2022

La Russie, avant.

Cartographie exhaustive des questions posées par l'intervieweur « Sky » sur la Russie, le risque de conflit et ses impacts, de la création de la chaîne à la veille de l'invasion. Avec contrôle externe : ces questions confrontées, thème par thème, au débat public français de la même période.

19.01.201323.02.2022 259 vidéos publiées dans la fenêtre 257 transcriptions horodatées analysées 96 fiches + 6 repères
422,7 hCorpus analysé
721 006Lignes horodatées
3 518Occurrences « Russie »
76 %Des vidéos concernées
727Questions extraites
2018Pic d'attention
Avant-propos

Pourquoi ce dossier existe

Au départ, il y a une impression, et les impressions se vérifient mal. Celle-ci disait à peu près ceci : pendant des années, sur une chaîne YouTube française, quelqu'un a posé sur la Russie des questions que personne ne posait ailleurs, à des gens que personne n'interrogeait, sur des sujets dont personne ne parlait. Puis la guerre est arrivée, et ces questions ont paru avoir été écrites après coup.

Ce dossier a été entrepris pour savoir si cette impression résistait à l'examen. Elle a résisté en partie seulement, et c'est ce qui le rend intéressant.

Ce que nous avons fait

Pas un florilège de souvenirs, ni une sélection d'extraits marquants. Nous avons reconstitué l'intégralité de ce que Thinkerview a publié avant la guerre : 259 vidéos, du 19 janvier 2013 au 23 février 2022, soit la veille de l'invasion. Une précision technique a décidé de la suite : les lives archivés, qui constituent l'essentiel de la production de la chaîne, ne figurent pas dans l'onglet « vidéos » de YouTube mais dans un onglet distinct. Une extraction naïve en aurait manqué les trois quarts.

Pour chacune de ces vidéos, nous avons récupéré les sous-titres horodatés, soit 721 006 lignes de texte pour 423 heures d'entretiens. Ce corpus a été passé au crible d'un noyau de vingt-cinq marqueurs, puis segmenté pour isoler les formes interrogatives. Il en est sorti 3 518 occurrences et 727 questions thématiques, dont 96 ont fait l'objet d'une fiche complète : question citée, réponse résumée, timecode exact, lien direct vers la seconde correspondante de la vidéo.

Ce que nous cherchions, et ce que nous avons trouvé à la place

La première version de ce dossier concluait à l'anticipation. Les délais étaient spectaculaires : la question de l'exclusion de la Russie du système SWIFT posée à un diplomate russe six ans avant qu'elle ne soit décidée ; le Donbass décrit comme un verrou destiné à empêcher l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN trois ans avant la reconnaissance des républiques séparatistes ; « l'Europe va redevenir le champ de bataille nucléaire futur » prononcé deux ans jour pour jour avant le 24 février 2022.

Ces délais ont été confrontés à une question simple : quand ces mêmes sujets sont-ils apparus dans le débat public français ? La réponse impose une nuance décisive. Ces thèmes préexistaient, parfois de loin. L'exclusion de la Russie de SWIFT avait été proposée par le gouvernement britannique le 29 août 2014 et votée en résolution par le Parlement européen le 18 septembre suivant, relayée le jour même par l'AFP. La dépendance au gaz russe était un sujet de controverse depuis 1981. L'élargissement de l'OTAN et le sentiment d'encerclement russe étaient débattus dans la presse française depuis 2008.

Ce dossier ne prétend donc pas que la chaîne aurait été la première à nommer ces sujets. Ce qu'il documente est autre chose, et de plus rare : elle ne les a jamais lâchés.

Ce qui a résisté

Une autre propriété, plus étroite mais mesurable, et qui est devenue la thèse de ce dossier : la continuité. Le débat médiatique français traite ces sujets par pics. Il monte aux sommets de l'OTAN, aux crises gazières, aux affaires d'empoisonnement, et retombe entre deux. Sur SWIFT, il soulève la question en septembre 2014 puis l'abandonne pendant près de six ans. C'est précisément dans cet intervalle que la chaîne la pose quatre fois : novembre 2015, septembre 2016, avril 2018, juillet 2019. Sur le rapprochement entre Moscou et Pékin, le corpus contient au moins une séquence chaque année de 2013 à 2022, quand la presse généraliste ne s'en saisit vraiment qu'en septembre 2018.

S'y ajoutent deux caractéristiques qu'aucun média français grand public n'a offertes : la confrontation directe avec des représentants officiels russes, en direct et sans montage, six heures et neuf minutes cumulées sur quatre entretiens ; et le format long, sans lequel ces questions n'auraient pas eu lieu. L'argument n'est pas de nous : c'est un diplomate russe qui le formule à l'antenne en avril 2018, expliquant que les sept ou huit minutes qu'on lui accorde ailleurs ne suffisent pas. La question sur SWIFT arrive après une heure quarante-neuf d'entretien.

Ce qu'il reste, alors

Un constat plus dérangeant que celui de la clairvoyance. Entre juin 2015 et février 2022, la totalité des mécanismes qui allaient structurer la guerre et sa gestion occidentale ont été nommés, datés et discutés en accès libre, devant une large audience, par des ambassadeurs, des généraux, d'anciens chefs du renseignement et d'anciens ministres des Affaires étrangères. Ces éléments étaient disponibles. Ils n'ont modifié les anticipations de personne, y compris celles des gens qui les énonçaient.

Ce dossier ne documente donc pas un défaut d'information. Il documente un défaut de conséquence, et c'est ce que le corpus permet, pour la première fois, de mesurer.

Comment le lire

Les 96 fiches et 6 repères antérieurs sont classés en quatre parties thématiques, puis analysées en Partie V et confrontées au débat public français en Partie VI. Les fiches signalées Pivot (36) sont celles qui portent la démonstration. Le champ de recherche, dans la colonne de gauche, filtre l'ensemble du dossier en direct. Chaque timecode est cliquable et ouvre la vidéo à la seconde exacte : rien ici ne demande d'être cru sur parole.

Préambule

Méthode, corpus, réserves

Ce dossier est construit sur le corpus primaire de la chaîne, les sous-titres horodatés de chaque vidéo, et non sur des sources secondaires. Trois précisions conditionnent la lecture de chaque fiche.

Avertissement sur les citations

Les timecodes sont exacts : ils sont l'horodatage natif du flux de sous-titres. Les citations, elles, proviennent de sous-titres auto-générés par YouTube et comportaient des erreurs de reconnaissance, principalement sur les noms propres (« Studentikov » pour Studennikov, « le temps » pour « l'OTAN », « Briginski » pour Brzeziński). Chaque citation reproduite ici a été nettoyée des tics oraux et des fautes manifestes, sans modification du sens ni de la syntaxe interrogative.

Lorsque la qualité du sous-titrage d'origine ne garantissait pas la littéralité, vidéos antérieures à 2019, dépourvues de ponctuation automatique, la mention [reformulation fidèle] signale une restitution du sens et de la structure de la question plutôt qu'une citation mot à mot. Pour toute publication, revérifier à l'écoute aux timecodes fournis : ceux-ci étant exacts, la vérification est immédiate.

Convention de timecode. Le format retenu est début → fin. Le timecode de début est exact : il correspond au segment où commence la question. Le timecode de fin est celui du dernier segment de la réponse sur ce point, avec une marge de ±15 secondes, les réponses s'enchaînant souvent sans rupture nette.

Attribution de la parole. Les sous-titres automatiques ne comportent pas d'étiquette locuteur ; l'attribution repose sur l'analyse de la structure du dialogue. Deux cas appellent une réserve explicite, signalée dans les fiches concernées : l'entretien avec l'ambassadeur Alexandre Orlov (07/01/2016) est une rencontre co-organisée avec le Club des Vigilants, où une partie des questions vient de la salle ; les questions introduites par « question d'internet » sont posées par Sky mais rédigées par la communauté, elles documentent l'agenda du public autant que celui de l'intervieweur.

Constitution du corpus. L'index complet des publications a été reconstitué par union des trois onglets YouTube (videos + streams + shorts), précision décisive : les lives archivés, qui constituent l'essentiel de la production depuis 2018, résident dans un onglet distinct et échappent à une extraction naïve. L'union donne 452 vidéos ; l'écart avec l'index de travail correspond intégralement à des publications postérieures au périmètre.

Répartition annuelle du corpus et densité des mentions
AnnéeVidéosVidéos avec mentionsOccurrences
201312941
2014937
2015129127
20161614390
20172724257
201856421 412
20195339409
20203223249
20213526423
202277203

Premier enseignement, purement statistique

Le pic d'attention à la Russie sur Thinkerview n'est pas 2021-2022, veille de guerre, mais 2018, année de l'affaire Skripal, de la présentation du nouvel arsenal stratégique russe, du rapport CAPS/IRSEM sur les manipulations de l'information, et des deux entretiens avec l'ambassade de Russie. La courbe d'intérêt de la chaîne précède l'agenda médiatique de quatre ans. En 2022, sur les 7 vidéos antérieures au 24 février, la densité rapportée au volume (29 mentions par vidéo) est la deuxième plus élevée du corpus.

Protocole d'analyse : chaîne de production documentaire
ÉtapeOpérationSortie
1Reconstitution de l'index par union des onglets de la chaîne452 identifiants
2Datation par dichotomie, détermination de la borneRang 186 = 23.02.2022
3Extraction des sous-titres horodatés + métadonnées officielles257 / 259 vidéos
4Normalisation VTT → texte horodaté dédupliqué721 006 lignes
5Passe lexicale (25 marqueurs) + agrégation en blocs de contexte3 518 occurrences
6Passe interrogative (segmentation, filtrage thématique)727 séquences
7Lecture analytique et rédaction96 fiches
Les 12 vidéos les plus denses du périmètre
#Occ.DateTitre
122327.09.2018Ambassade de Russie : Acte 2, Espions, Guerre Froide sans filtre
222209.04.2018Ambassade de Russie, Espions, Guerre Froide sans filtre
321218.12.2018Alekseï Pouchkov : Futur de l'ordre mondial, la menace russe ?
413207.01.2016Ambassadeur de Russie face à l'augmentation des tensions
510022.11.2018Armée française : Quelle stratégie ? Général Vincent Desportes
69916.01.2018Propagande VS Journalisme ? RT France, Xenia Fedorova
78921.02.2017Sputnik France - Sans Filtre
88810.10.2016États-Unis-Russie : Tensions Géopolitiques et Terrorisme
97926.05.2021Géopolitique : Le désastre Français ? Hubert Védrine
107807.04.2018DGSE, Espions, Secrets des Affaires. Alain Juillet
117507.11.2018Emmanuel Todd : Trahison des élites françaises ?
127117.02.2022L'emprise, la France sous influence ? Marc Endeweld
Partie I

Les confrontations avec la diplomatie russe

Quatre face-à-face avec des représentants officiels de la Fédération de Russie, deux avec ses médias d'État. Six entretiens qui concentrent à eux seuls 795 des 3 518 occurrences du corpus, 22,6 % du total.

Ce que ces entretiens sont vraiment

Ces face-à-face ne sont pas un choix éditorial de complaisance : ce sont des dispositifs de symétrie manqués. Sky l'établit lui-même à l'antenne, le 09/04/2018 (00:03:1700:03:48) : « On avait proposé à vous, l'ambassade de Russie, d'interagir avec l'ambassade américaine, qui n'a pas donné suite. Et on a demandé à l'ambassade de Suède de venir interagir avec nous et vous, en face-à-face, qui n'a pas donné suite non plus. »

La confrontation bilatérale est donc le résidu d'un refus occidental. Cette information conditionne l'appréciation de toute la partie.

I.−1 · Avant les questions : 2013 → 2015

Six séquences, aucune question de Sky. Le corpus mentionne la Russie dès mai 2013 ; la première question date du 12 juin 2015 (fiche 3.0)

Repère 0.1Parole d'invité2013

La Russie et la Chine bloquent les interventions onusiennes

Vidéo
Alain Chouet (Ancien chef de service à la D.G.S.E.) ↗ voir sur YouTube
Intervenant
Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE
Publication
16/05/2013
Timecode
00:05:5400:07:35
Séquence, sans question de Sky« La première motivation de la Russie dans son soutien, non pas à la Syrie mais à l'ordre international établi, vient du fait que les Français et les Anglais ont très largement outrepassé le mandat qu'ils avaient reçu de l'ONU en Libye. […] Ni les Russes ni les Chinois n'ont envie que l'ONU se transforme en une machine à donner les bons et les mauvais points de gouvernance et à permettre à des coalitions occidentales de se débarrasser militairement des régimes qui ne leur plaisent pas. »

StatutPremière occurrence du corpus. Développement spontané de l'invité, sans question sur la Russie. Pose dès mai 2013 le motif du veto russe : non pas la Syrie, mais le précédent libyen.

Repère 0.2Parole d'invité2013

Le gaz russe comme enjeu de puissance

Vidéo
Peter Dale Scott ↗ voir sur YouTube
Intervenant
Peter Dale Scott, ancien diplomate canadien, professeur émérite à Berkeley
Publication
28/09/2013
Timecode
00:33:4300:48:50
Séquence, sans question de SkySur la guerre froide : « on se demande en quelle partie cette guerre froide était vraie, et en quelle partie c'était une espèce de masque pour des raisons plus capitalistes de Wall Street ». Puis, sur l'énergie : « la Russie a une position assez compliquée à travers ce conduit de pétrole, parce que j'imagine qu'elle préférerait ne voir ni le conduit du Qatar ni celui de l'Iran : le marché du gaz n'est pas infini, il est limité, et actuellement c'est le gaz russe ».

StatutPremière mention du gaz russe comme enjeu de puissance dans le corpus, trois ans avant la séquence de 2016 sur l'union énergétique européenne.

Repère 0.3Parole d'invité2013

« Après que l'ours russe ait montré ses dents »

Vidéo
Michel Éléftériadès ↗ voir sur YouTube
Intervenant
Michel Éléftériadès, producteur, homme d'affaires et agitateur politique libanais
Publication
04/11/2013
Timecode
00:03:1500:09:40
Séquence, sans question de SkySur le renoncement occidental aux frappes en Syrie : « je ne sais pas comment ils vont pouvoir justifier tous ces préparatifs pour partir en guerre, et puis du jour au lendemain, après que l'ours russe ait montré ses dents, ils se sont soudain assagis ». Puis : « je suis contre l'impérialisme des superpuissances, la Russie en est une. Mais comparé à l'uni-polarité américaine des trente dernières années, je préfère avoir une Russie forte avec un nouveau Tsar. Ça limite les dégâts. »

StatutLa plus ancienne séquence russe substantielle du corpus. Ce n'est pas un entretien : l'intervenant ouvre par « Hello Thinkerview, je réponds à vos questions depuis mon lounge », filmé seul à Beyrouth. Sous-titres manuels, citations directement publiables.

Repère 0.4Parole d'invité2014

Tenir des positions communes vis-à-vis de Moscou et de Pékin

Vidéo
Où va le monde financier ? (J-M. Rozan & H. de Carmoy) ↗ voir sur YouTube
Intervenant
Jean-Michel Rozan et Hervé de Carmoy, banquiers
Publication
01/03/2014
Timecode
00:40:06
Séquence, sans question de Sky« Par rapport à l'Europe, la Russie et la Chine […] avec la Russie et les [autres], nous avons renforcé la tendance » — développement sur la nécessité de positions communes européennes vis-à-vis de Moscou et de Pékin.

StatutSeule séquence de 2014 dépassant la mention isolée. 2014, année du Maïdan et de l'annexion de la Crimée, est un angle mort du corpus : trois vidéos mentionnent la Russie, sept occurrences au total.

Repère 0.5Parole d'invité2015

« Combien de morts russes ? — Vingt millions »

Vidéo
Interview Pierre Conesa. Politique de contre-radicalisation en France ↗ voir sur YouTube
Intervenant
Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense
Publication
19/01/2015
Timecode
01:05:4101:06:30
Séquence, sans question de Sky« Les Américains ont perdu moins de monde dans tous les conflits du XXe siècle que de morts par armes à feu à l'intérieur des États-Unis. Quand vous avez d'un côté vingt millions de morts en Russie et moins d'un million aux États-Unis, le rapport à la guerre n'est pas le même […] quand la guerre ne s'est jamais passée sur votre territoire, que vous ne savez pas ce qu'est une ville bombardée, votre rapport à la décision d'intervention armée est complètement différent. »

StatutSéquence pédagogique sur l'asymétrie mémorielle. Elle ressurgira presque mot pour mot chez Mélenchon en janvier 2022 (fiche 2.17).

Repère 0.6Parole d'invité2015

« Comment traiter la Russie, que faire avec le pétrole »

Vidéo
USA, Europe, LuxLeaks : Le grand marché des inégalités ↗ voir sur YouTube
Intervenant
Hervé de Carmoy, banquier, ancien membre de la Commission trilatérale
Publication
14/02/2015
Timecode
00:57:2901:00:10
Séquence, sans question de Sky« Vous avez encore des sentiments mitigés, à tonalité très négative, envers les Russes ; nous Européens, on a une vue des Russes un peu différente et on pense qu'il y a matière à négociation. » Puis, sur les désaccords au sein de la Trilatérale : « le nombre de différences de points de vue entre Européens, Américains, Japonais et Chinois sur les questions de géopolitique : comment traiter la Russie, que faire avec le pétrole… »

StatutDernière occurrence avant la première question de Sky (12/06/2015, fiche 3.0). Formule l'écart d'appréciation euro-américain sur la Russie, quatre mois avant que la question ne soit posée.

I.0 · SWIFT, novembre 2015 : la première occurrence financière

21.11.2015 · 1 h 19 · 74 occurrences · plateau mixte : Artem Studennikov face au panel des Éconoclastes

Fiche 1.0Pivot2015

SWIFT et l'encerclement financier

Vidéo
Géopolitique, Russie, Terrorisme, Finance - 6/11/15 ↗ voir sur YouTube
Invités
Artem Studennikov, ministre-conseiller de l'ambassade de Russie ; Hervé de Carmoy et le panel des Éconoclastes
Publication
21/11/2015
Timecode
00:18:3300:19:50
Question de Sky« Est-ce que vous voyez une conjonction entre la perception des agences de notation et l'égard de la Russie ? Le fait que dès que les tensions avec la Russie montent sur des sujets annexes, tout de suite il y a des répercussions sur SWIFT, des répercussions aussi sur les cartes bleues à l'étranger, est-ce que vous vous sentez encerclé aussi financièrement parlant ? »
Synthèse de la réponse

Studennikov écarte l'idée d'un encerclement financier : « personne, pour l'instant, ne réfléchit à cette histoire avec SWIFT, les cartes bleues, tout marche très bien. Nous sommes tous trop interdépendants, trop liés ; l'Europe, les États-Unis, la Russie : le monde est global, et je pense que même les Américains le comprennent. » Sky reformule pour verrouiller la réponse : « si je comprends bien, en principe, en théorie cette menace existe, mais le moment n'est pas venu », que l'invité accepte.

La séquence est précédée (00:16:26) d'une question sur la politisation des agences de notation à l'égard de la Russie, à laquelle le diplomate répond que ces décisions « sont trop liées à l'état des relations entre Moscou et Washington ».

DatationPremière occurrence de SWIFT dans le corpus, deux ans et demi avant la séquence d'avril 2018 (fiche 1.11). La première question de Sky sur la Russie, elle, date du 12 juin 2015 (fiche 3.0). L'écart avec l'exclusion effective du 26 février 2022 est de six ans et trois mois. Voir la Partie VI pour ce que cette date signifie, et ne signifie pas, au regard du débat public français.

Fiche 1.0 bis2015

« La guerre est possible, et si ça se trouve dans quelques années »

Vidéo
Géopolitique, Russie, Terrorisme, Finance - 6/11/15 ↗ voir sur YouTube
Invités
Panel des Éconoclastes, en présence du ministre-conseiller russe
Publication
21/11/2015
Timecode
01:08:3501:14:54
Séquence : panel, relancée par Sky · [reformulation fidèle]Sur la désignation de la Russie comme menace principale dans les commissions de défense américaines.
Synthèse de la séquence

Un intervenant relève que « dans les comités de la défense [américains], la première menace c'est la Russie », alors que « la Russie n'envahit personne dans son entourage ». Il qualifie le climat de « russophobie qui vaut le Boche de 1914 ». Puis l'énoncé le plus frappant, à 01:12:48 : « la doctrine de défense américaine, une vision : oui, la guerre est possible, et si ça se trouve ce sera dans quelques années, pas dans quelques décennies. »

Hervé de Carmoy conclut sur la nécessité pour l'Europe de tisser « un réseau avec la Russie plus dense, plus constructif, plus économique, plus culturel », en laissant aux Américains « cette passion d'exister en ayant un adversaire total ».

I.1 · Alexandre Orlov, ambassadeur

07.01.2016 · 1 h 20 · 132 occurrences · format hybride Club des Vigilants, attribution signalée fiche par fiche

Fiche 1.12016

L'incohérence occidentale : alliance anti-Daesh et sanctions simultanées

Vidéo
Ambassadeur de Russie face à l'augmentation des tensions ↗ voir sur YouTube
Invité
Alexandre Orlov, ambassadeur de la Fédération de Russie en France (2008-2017)
Publication
07/01/2016
Timecode
00:04:0400:07:49
Question de Sky« Pendant qu'on envoie le micro dans la salle, je vais vous poser la première question : nous avons fait une alliance contre Daesh, et à côté on continue d'imposer des sanctions à la Russie. »
Synthèse de la réponse

Orlov qualifie la situation d'« incohérence de la politique extérieure de la France mais surtout de l'Union européenne ». Il affirme que France et Allemagne sont favorables à une levée de sanctions « complètement illégitimes », mais que la délégation de souveraineté à Bruxelles place les grands États sous la contrainte de « pays beaucoup plus petits qui ont d'autres intérêts ». Il énonce l'objectif occidental en deux volets, affaiblir économiquement, isoler diplomatiquement, et déclare l'isolement en « échec total », l'économie russe souffrant « plus de la baisse du prix du pétrole que des sanctions ». Il annonce dès 2016 que les sanctions ont accéléré la diversification agricole : « l'avenir de la Russie n'est pas uniquement industriel mais aussi agricole ».

Fiche 1.22016

La relance sur la conditionnalité : levée des sanctions contre accords de Minsk

Vidéo
Ambassadeur de Russie face à l'augmentation des tensions ↗ voir sur YouTube
Invité
Alexandre Orlov, ambassadeur
Publication
07/01/2016
Timecode
00:07:4900:08:50
Question de Sky« Je voudrais être juste sûr qu'on vous a bien compris : vous affirmez que la France et l'Allemagne sont prêtes à lever les sanctions dans l'état actuel de la situation, sans nouvelle avancée sur le dossier de l'Ukraine ? »
Synthèse de la réponse

Repli défensif immédiat (« je ne suis pas président de la France, je ne peux pas affirmer que la France est prête »), puis reformulation : levée « progressive », conditionnée à l'application des accords de Minsk. Il désigne les Ukrainiens comme la partie qui « triche » en refusant de négocier la loi électorale locale avec les séparatistes, et pronostique que « les six mois à venir seront les mois décisifs », pronostic invalidé par les faits.

Fiche 1.3Pivot2016

Où s'arrêtent les frontières de l'influence russe ? Le cas des pays baltes

Vidéo
Ambassadeur de Russie face à l'augmentation des tensions ↗ voir sur YouTube
Invité
Alexandre Orlov, ambassadeur
Publication
07/01/2016
Timecode
01:01:5101:05:30
Question de Sky« Dans ce que vous venez de dire, on entend en creux le fait que la Russie n'a pas cette volonté hégémonique, que tout ça c'est du passé, c'était l'Union soviétique. […] Il reste des craintes, vous en êtes conscients, dans les pays baltes, dans d'anciennes Républiques qui étaient dans l'orbite soviétique. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire aujourd'hui sur ce thème : où s'arrêtent les frontières de l'influence de la Russie ? »
Synthèse de la réponse

Dénégation construite sur l'argument territorial : la Russie possède « le territoire le plus grand du monde », dont la moitié reste à développer, donc « aucun intérêt » à l'expansion. Sur les Baltes : « ils ne représentent rien pour nous, ce sont de tout petits pays […] aucun intérêt à aller envahir ». Il retourne l'accusation en stratégie : « plus ils crient "attention la Russie va nous attaquer", plus les pays font attention », la peur comme instrument de visibilité internationale.

Valeur archivistiqueLa dénégation d'intention expansionniste est ici argumentée sur le coût d'opportunité, non sur le droit. C'est la nuance décisive : l'argument ne tient que tant que le calcul reste défavorable.

Fiche 1.42016

L'avion russe abattu par la Turquie, WikiLeaks et la faille de confiance entre alliés

Vidéo
Ambassadeur de Russie face à l'augmentation des tensions ↗ voir sur YouTube
Invité
Alexandre Orlov, ambassadeur
Publication
07/01/2016
Timecode
00:29:4400:36:14
Question de Sky« Pour les révélations de WikiLeaks… Erdoğan surveillait les déplacements d'avions russes à sa frontière depuis six semaines et avait la ferme intention de s'en faire un. », puis : « Et pourquoi l'ont-ils fait, à votre avis ? »
Synthèse de la réponse

Orlov relativise WikiLeaks (l'avion a été abattu après la réélection d'Erdoğan, ce qui ruine l'hypothèse électorale) mais bascule sur un grief plus lourd : la Russie transmettait ses plans de vol aux Américains dans le cadre de la coordination anti-Daesh, « comment se fait-il que ces plans de vol étaient connus par les Turcs ? ». Il qualifie l'événement de « provocation préméditée » et de « trahison », et pose la question structurante de la période : « comment peut-on faire confiance entre alliés si on commence à abattre les avions les uns des autres ? »

Fiche 1.5Question de la salle2016

Reconstruction militaire russe et soutenabilité de l'effort syrien

Vidéo
Ambassadeur de Russie face à l'augmentation des tensions ↗ voir sur YouTube
Invité
Alexandre Orlov, ambassadeur, question posée par Michel Ferrand, avocat, depuis la salle
Publication
07/01/2016
Timecode
00:36:5000:41:21
Question de la salle (Club des Vigilants)« Est-ce que la Russie d'aujourd'hui n'est pas en train de surutiliser le capital matériel disponible, encore largement post-soviétique, dans le cadre des opérations syriennes ? Est-ce que l'effort actuellement consenti en Syrie peut être tenu dans la durée, étant donné les contraintes budgétaires de la défense en Russie ? »
Synthèse de la réponse

Réponse doctrinale majeure : « heureusement que le président Poutine était assez prévoyant pour commencer cet effort de rebâtir la puissance militaire de la Russie il y a quelques années. » Puis l'énoncé le plus explicite du corpus sur la fonction de l'arme nucléaire russe : « si la Russie n'avait pas une force militaire suffisante, elle aurait connu le sort de la Yougoslavie […] c'est le fait que la Russie a l'arme nucléaire, que c'est un pays fort et déterminé, qui a refroidi plusieurs têtes dans le monde. » Il conclut sur la naïveté russe « du temps de Gorbatchev ».

Valeur archivistiqueLa dissuasion est présentée comme le seul rempart contre un traitement à la yougoslave : c'est la matrice doctrinale de 2022, énoncée six ans plus tôt.

Fiche 1.6Question de la salle2016

Le jeu américain en Europe et l'extraterritorialité du droit

Vidéo
Ambassadeur de Russie face à l'augmentation des tensions ↗ voir sur YouTube
Invité
Alexandre Orlov, ambassadeur
Publication
07/01/2016
Timecode
00:57:2001:01:51
Question de la salle« Beaucoup de gens estiment qu'il y a un rôle ambigu des États-Unis. […] Comment regardez-vous ce jeu des Américains en Europe, quel est selon vous l'objectif poursuivi, et comment comptez-vous y répondre ? »
Synthèse de la réponse

Orlov soutient que les Américains ont cru avoir « gagné la guerre froide » alors que « le pays qui a perdu la guerre froide n'existe plus ». Il dénonce l'usage des « armes économiques pour mettre les pays européens dans le rang », citant nommément les sanctions américaines contre les banques françaises : extraterritorialité du droit américain qui a « complètement tétanisé la France », « les Français aujourd'hui ont peur de faire des affaires avec la Russie par crainte d'être sanctionnés par l'Amérique. »

Valeur archivistiqueAnticipation exacte du mécanisme de sur-conformité (overcompliance) qui structurera l'application des sanctions de 2022.

I.2 · Artem Studennikov, ministre-conseiller (2016)

10.10.2016 · 49 min · 88 occurrences · n°2 de l'ambassade de Russie en France

Fiche 1.7Pivot2016

La question du conflit nucléaire ouvert avec les États-Unis

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Artem Studennikov, ministre-conseiller, chef de mission adjoint de l'ambassade de Russie
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10/10/2016
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00:13:2300:14:52
Question de Sky« On a vu récemment la crise se polariser avec, vraiment, une augmentation des tensions avec la Syrie entre les États-Unis et la Russie. La question que je vais vous poser, qui est très directe : est-ce que vous êtes en train de vous préparer à un conflit ouvert nucléaire avec les États-Unis ? », puis la relance : « Est-ce qu'elle est envisageable ? »
Synthèse de la réponse

« Bien sûr que non. […] Je pense que c'est un sujet tabou. Nous tous devons bien comprendre que cette option est absolument impossible. » Sur la relance, refus catégorique d'entrer dans l'hypothèse : « il ne faut même pas envisager cette option […] je refuse d'évoquer et d'analyser l'éventualité de cette tournure des choses. » Il concède néanmoins que « les tensions ont beaucoup monté » depuis l'échec du cessez-le-feu syrien.

Valeur archivistiqueQuestion posée cinq ans et quatre mois avant l'invasion, et six ans avant que la menace nucléaire ne devienne un élément explicite de la rhétorique du Kremlin.

Fiche 1.82016

Exercices de mobilisation de 40 millions de civils et pronostics des généraux américains

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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10/10/2016
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00:14:5200:16:16
Question de Sky« Les internautes nous ont fait remonter énormément de coupures de presse russe, anglaise et américaine. J'ai pu voir passer devant mes yeux des exercices militaires en Russie qui engageraient 40 millions de civils, 200 ou 300 mille personnels militaires… participation à un exercice de frappe sur votre territoire. Puis j'ai vu passer des papiers, RT l'a posté il y a une demi-heure, des déclarations de généraux américains expliquant qu'un conflit extrêmement meurtrier avec la Russie est quasiment certain. »
Synthèse de la réponse

Studennikov refuse de commenter les propos des généraux américains et souligne que « les généraux russes ne parlent pas de cette éventualité » ; ils se bornent à annoncer disposer « de moyens suffisants en Syrie pour riposter le cas échéant ». Il déplace la réponse vers le mécanisme technique de deconflicting aérien russo-américain au-dessus de la Syrie, présenté comme le dernier canal fonctionnel de prévention des incidents.

Fiche 1.92016

Alep : blitzkrieg ou bombardement aveugle ?

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
Publication
10/10/2016
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00:25:1300:30:32
Question de Sky« La presse occidentale et l'intelligentsia française ont beaucoup reproché à la Russie ce qui se passe à Alep. Quelle est votre vision de ce qui se passe à Alep ? Est-ce que c'est un blitzkrieg ? Est-ce que c'est un bombardement total et aveugle ? », puis : « Il y a deux poids, deux mesures ? »
Synthèse de la réponse

Défense de la légalité de l'intervention (invitation du gouvernement légitime), dénonciation du « double standard » occidental, illustré par le blocage américain à l'ONU de la condamnation du bombardement de l'ambassade russe à Damas, attribué par Moscou à Jabhat al-Nosra. Le refrain du « deux poids deux mesures » est déjà installé comme grille de lecture unifiée de la relation Russie-Occident.

I.3 · Artem Studennikov, acte I

09.04.2018 · 2 h 03 · 222 occurrences · cinq semaines après l'empoisonnement de Sergueï Skripal, un mois après la présentation du nouvel arsenal russe

Fiche 1.10Pivot2018

« C'est la guerre, là ? »

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Artem Studennikov, ministre-conseiller, n°2 de l'ambassade
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09/04/2018
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00:25:1200:27:07
Question de Sky« Bon, ça chauffe un peu. Il y a des sanctions. On vous a désigné encore comme une bête à cornes, c'est encore la faute des Russes. Vous le prenez comment ? Vous allez réagir comment ? Quand vous voyez l'Europe faciliter l'acheminement de troupes à travers le territoire européen jusqu'à votre frontière ; quand on avait proposé à la Suède de venir discuter, c'est parce qu'on avait vu que la Suède réimprimait un petit fascicule pour prévenir sa population d'une guerre contre la Russie, vous réagissez comment ? On voit vos sous-marins en mer Noire se balader. On voit des drones américains ou autres se balader près de chez vous. C'est la guerre, là ? »
Synthèse de la réponse

Studennikov refuse le terme et propose sa propre qualification, « la guerre froide à la papa », formule qui circule dans l'échange, avant de corriger : « nous voulons éviter de considérer l'état des choses comme la guerre froide », celle-ci supposant deux camps idéologiquement opposés, ce qui n'est plus le cas. Il retient « détérioration ultérieure des relations entre l'Occident collectif et la Russie ». Sur l'expulsion des diplomates, il insiste sur la division européenne : 14 à 16 États sur 28 ont expulsé, « la moitié a préféré attendre les résultats ».

Valeur archivistiqueL'énumération des signaux faibles par l'intervieweur, mobilité des troupes vers l'est, brochure suédoise de préparation civile, activité sous-marine en mer Noire, drones, constitue la meilleure synthèse pré-2022 de l'appareil d'indices que l'analyse militaire occidentale ne consolidera qu'en novembre 2021.

Fiche 1.11Pivot2018

SWIFT : la question de 2018 qui sera exécutée en 2022

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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09/04/2018
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01:49:2501:50:43
Question de Sky« SWIFT : comment se positionne la Russie face à SWIFT ? », puis immédiatement : « Quand il y a eu des sanctions contre la Russie au moment de la Crimée, et que la Russie s'est fait un petit peu sortir de SWIFT ? »
Synthèse de la réponse

Réponse d'une candeur documentaire remarquable. « Nous faisons partie du système bancaire du monde entier […] je ne peux pas imaginer comment la Russie, aussi bien que tous ses partenaires étrangers, pourrait vivre sans SWIFT […] tout le monde est intéressé à préserver ce système. » Sur la relance : « Non, jamais. Jamais personne de nos partenaires occidentaux n'évoquait la possibilité de couper la Russie de SWIFT. Et en plus, je ne sais pas si c'est possible techniquement ou non. » Il ajoute que ce serait surtout un préjudice pour les milieux d'affaires occidentaux présents en Russie.

Fiche-pivot du dossierLe 9 avril 2018, l'intervieweur interroge un diplomate russe sur une hypothèse que celui-ci juge techniquement incertaine et politiquement impensable. Le 26 février 2022, l'exclusion de banques russes de SWIFT est décidée par l'UE, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada. La question précède la mesure de trois ans et dix mois.

Fiche 1.122018

La chaîne complète de la dédollarisation : pétro-yuan, monnaie asiatique, or

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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09/04/2018
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01:47:1901:51:16
Série de questions de Sky« Une cryptomonnaie avec la Chine, adossée à de l'or ? », « L'indépendance monétaire de la Russie face au dollar, vous la concevez comment ? », « Le pétro-yuan, ça vous inspire quoi ? », « [question d'internet] La Russie va-t-elle participer à une monnaie asiatique ? »
Synthèse de la réponse

Studennikov écarte la cryptomonnaie adossée à l'or (« l'État est assez réticent […] nous avons d'autres chats à fouetter »), esquive le pétro-yuan (« sujet trop spécifique »), mais concède le fond : la dédollarisation est « dans l'intérêt de tout le monde », en s'appuyant sur le précédent des banques françaises frappées par la justice américaine. Sur la monnaie asiatique : renvoi à l'Organisation de coopération de Shanghai, et formule explicite, « nous sommes pour la diversification du système financier global. Il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier. » Tempérament réaliste : « pendant des années et des années, l'économie mondiale sera ancrée au dollar et peut-être à l'euro. »

Valeur archivistiqueL'agenda de dédollarisation russe est documenté quatre ans avant son accélération post-sanctions.

Fiche 1.132018

Le coût humain des sanctions : « les chômeurs coûtent-ils plus cher que les morts ? »

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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09/04/2018
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00:35:3800:36:50
Question de Sky« Vous parlez de capitalisme : aujourd'hui il y a eu des sanctions et les marchés financiers russes se sont, pour parler trivialement, cassé la gueule à plus de 10 %. Est-ce que les sanctions économiques, c'est-à-dire les futurs chômeurs que ça va créer en Russie… est-ce que les chômeurs coûtent plus cher que les morts ? »
Synthèse de la réponse

Studennikov ne répond pas à l'arbitrage moral posé par la question et bascule sur la symétrie des dommages : les contre-sanctions russes « ont coûté beaucoup aux économies des pays membres de l'Union européenne ». Il livre ensuite l'aveu structurel du modèle rentier : la Russie a été « frappée beaucoup plus sérieusement par la baisse des prix des hydrocarbures » que par les sanctions, les hydrocarbures étant « d'un côté une manne, de l'autre un peu comme de la drogue ».

Fiche 1.142018

Patriot contre S-400 : la Syrie comme banc d'essai

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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09/04/2018
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00:39:3400:40:08
Question de SkyAprès que l'invité a opposé les 70 milliards de dollars du budget militaire russe aux 700 milliards américains pour conclure « est-ce que la Russie peut représenter un réel danger à qui que ce soit ? » : « Ça peut représenter un réel danger quand on voit que les missiles Patriot ne fonctionnent pas. Et quand on voit les missiles S-400 fonctionner. »
Synthèse de la réponse

Réponse évasive et prudente : « espérons que nous ne verrons pas comment fonctionnent les complexes S-400 ». Sky réplique : « On le voit en Syrie. » La Syrie est explicitement désignée comme banc d'essai des systèmes russes, thèse que confirmeront les analyses post-2022.

Fiche 1.15Pivot2018

Le billard à trois bandes : la Russie, cible de substitution de la Chine

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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09/04/2018
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01:04:0801:05:32
Question de Sky« Est-ce que vous pensez, pour parler trivialement, que les Occidentaux vous cherchent des crosses parce que vous êtes un ennemi facile, pour pouvoir toucher la Chine qui monte en puissance, le dragon chinois se réveille ? Est-ce que vous pensez que vous êtes, comme on dit trivialement en français, le dindon de la farce d'un billard à trois bandes ? »
Synthèse de la réponse

Réfutation frontale : « franchement, je ne pense pas », l'Occident sachant très bien que Russie et Chine sont « deux partenaires objectifs » partageant « la même vision du monde », c'est-à-dire un monde multipolaire. La séquence s'enchaîne sur la perte par l'Occident d'« une domination qui a duré cinq siècles » et sur la thèse-clé : les crises de Géorgie et d'Ukraine ne sont pas la cause du refroidissement mais le résultat d'une politique occidentale postérieure à 1991, l'Occident ayant refusé de bâtir une nouvelle architecture de sécurité.

Fiche 1.162018

La ferme à trolls de Saint-Pétersbourg, nommément

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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09/04/2018
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01:08:4801:15:27
Question de Sky« J'ai un ami qui a fait un documentaire, Paul Moreira […] Est-ce que vous pouvez nous parler de l'usine à trolls de Saint-Pétersbourg ? Il s'est déplacé sur place, le gardien lui a dit "attention, je vais appeler le FSB". Qu'est-ce que c'est que cette histoire des 400 trolls dans une usine censée influencer la politique française, américaine, anglaise, ukrainienne à grand renfort d'astroturfing ? Est-ce que vous démentez ? […] Est-ce que vous voulez des noms ? Konstantin Rykov, ça vous parle ? Timour Prokopenko, ça vous parle ? »
Synthèse de la réponse

Dénégation par méconnaissance revendiquée : « je n'ai aucune idée sur ce sujet », « l'ambassade de Russie en France n'a pas de lien avec des trolls », « ces fabriques absolument légendaires dont l'existence n'est pas prouvée ». Sky oppose les déclarations filmées de Rykov. Concession finale, notable : « je n'exclus pas qu'il y ait des groupes, des gens, des hackers qui ne sont pas tous contrôlés par l'État. »

Technique d'entretienLa nomination d'individus précis pour forcer un diplomate hors de sa langue de bois atteint ici son point culminant dans le corpus.

Fiche 1.172018

Loi « fake news » et menace de réciprocité sur France 24

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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09/04/2018
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01:16:5501:24:25
Questions de Sky« Est-ce que vous comprenez maintenant que l'État français passe une loi sur les fake news en ciblant nommément RT France et Sputnik ? », puis : « Si, par le plus grand des hasards, pendant les élections européennes, la loi sur les fake news s'active contre RT ou Sputnik, vous comptez faire, par le parallélisme des formes, le même type d'opération, c'est-à-dire expulser des médias comme France 24 ? »
Synthèse de la réponse

Sur la loi : rappel que RT et Sputnik disposent d'une licence française, et minimisation des « problèmes de communication avec l'Élysée » depuis la conférence de presse de Versailles du 29 mai 2017. Sur la rétorsion : refus prudent d'anticiper, « il ne faut pas aller si loin. Attendons les élections, attendons une première utilisation réelle de cette loi. »

Valeur archivistiqueLa question anticipe exactement la mécanique de représailles médiatiques croisées qui se déclenchera en mars 2022.

Fiche 1.182018

Les flux migratoires induits par les guerres

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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09/04/2018
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01:25:1701:29:14
Question de Sky« [Sur] les flux migratoires inhérents aux guerres : quelles sont les mesures proactives que vous prenez ? Est-ce que vous avez des partenariats avec l'Europe pour gérer ça ? Est-ce que vous avez une prospective à échanger avec nous ? »
Synthèse de la réponse

Studennikov recentre sur la migration post-soviétique (Asie centrale, Moldavie, Ukraine, Biélorussie), en régime d'exemption de visa, et confirme l'existence de formats de dialogue UE-Russie sur les migrations, « qui ne marchent pas très bien » dans le contexte de refroidissement.

I.4 · Artem Studennikov, acte 2

27.09.2018 · 1 h 57 · 223 occurrences · vidéo la plus dense du corpus

Fiche 1.192018

Le nouvel arsenal russe : défensif ou offensif ?

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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27/09/2018
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00:12:3900:17:59
Question de Sky« Récemment, Vladimir Poutine a fait une conférence de presse en présentant le nouvel arsenal russe, des systèmes d'armes très perfectionnés, c'était au mois de mars 2018. Est-ce que vous étiez au courant de ce type d'armement ? Est-ce que c'est un armement défensif, offensif ? Pourquoi le présenter à ce moment-là ? »
Synthèse de la réponse

Aveu de non-information (« nous sommes des diplomates, des hommes de paix, c'est une surprise comme pour tous les observateurs »), puis justification en trois temps : héritage de l'école technique soviétique, décennie perdue après 1991, reprise des travaux avec le redressement économique. Cadrage officiel : « ce n'est qu'une réponse à la politique que nous considérons comme assez hostile et parfois agressive de certains de nos partenaires ».

La séquence est précédée d'une déclaration liminaire d'une franchise inhabituelle (00:15:0400:16:38) : « je suis là pour défendre bec et ongles les positions et les intérêts de mon pays, c'est ma profession […] si vous attendez que je vous découvre des choses inédites, il ne faut pas espérer. »

Fiche 1.20Pivot2018

Rétorsions, embargos et sanctions « pour des décennies »

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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27/09/2018
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00:20:1600:24:00
Question de Sky« Quelles sont les mesures de rétorsion que vous allez appliquer contre cet embargo ou contre ces sanctions ? »
Synthèse de la réponse

Réponse doctrinale d'une importance capitale. Trois assertions : (1) « les sanctions ne font pas l'objet d'échanges, de consultations ou de négociations avec nos partenaires occidentaux ; ce n'est pas la Russie qui va évoquer ce sujet », c'est aux Européens, qui les ont introduites, d'en négocier la levée ; (2) « nous sommes déjà adaptés à ce nouveau régime et nous pouvons vivre avec » ; (3) « il y a des sanctions qui vont perdurer peut-être pendant des décennies : les sanctions liées à la Crimée […] pour nous, l'affaire est close ». Croissance annoncée pour 2018 : 1,5 %, « ce n'est pas beaucoup, mais c'est une croissance quand même ».

Valeur archivistiqueLa doctrine d'accoutumance aux sanctions, exposée en 2018, explique la faible efficacité coercitive du dispositif occidental de 2022.

Fiche 1.21Pivot2018

Le pic énergétique russe et l'équilibre budgétaire à 54 dollars le baril

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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27/09/2018
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00:39:3100:42:47
Question de Sky« Votre ministre de l'Énergie a déclaré récemment que le pic énergétique de la Russie arriverait dans deux à trois ans. Est-ce que la Russie se prépare à une transition énergétique ? Est-ce que la Russie redoute que son budget ne puisse plus être à l'équilibre grâce à sa rente énergétique ? », puis, en relance chiffrée : « À ma connaissance, quand le baril de pétrole est en dessous de 54 dollars, votre budget n'est plus à l'équilibre. », et enfin : « Le PIB russe, c'est combien ? »
Synthèse de la réponse

Studennikov ramène la part des rentes énergétiques à « moins de 30 % » du budget et objecte que le baril est alors à 82 dollars. Il concède l'essentiel : « nous sommes condamnés à diversifier notre économie […] les sanctions nous ont bien montré qu'il faut activer le travail dans ce domaine ». Sur le PIB russe, il refuse de donner le chiffre : « je ne veux pas vous dire de bêtises, je vous promets de fournir ce chiffre la prochaine fois. »

Valeur archivistiqueL'articulation posée par l'intervieweur, seuil budgétaire du baril / capacité de tenue en cas de conflit, est précisément le paramètre qui décidera de la soutenabilité financière russe après février 2022.

Fiche 1.222018

« Vous n'avez pas peur de vous faire manger par les Chinois ? »

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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27/09/2018
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00:47:4500:50:23
Question de Sky« Vous n'avez pas peur de vous faire manger ensuite par les Chinois ? »
Synthèse de la réponse

Studennikov reconnaît le déséquilibre démographique frontalier avec une précision saisissante, « dans les régions limitrophes, il y a 6 millions de Russes et 120 millions de Chinois », puis le neutralise par l'argument historico-culturel (« l'impérialisme ne fait pas partie de la tradition chinoise ; la Chine était envahie, la Chine n'envahissait pas »). Aveu final sur l'horizon : « je ne peux pas jeter un coup d'œil dans cent ans ».

Fiche 1.232018

Le rapport CAPS/IRSEM : 426 mentions de la Russie contre 72 de la Chine

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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27/09/2018
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01:05:5701:09:22 · 01:15:2301:22:39
Question de Sky« On va parler du rapport de l'armée sur la propagande russe […] fait en partie par le Centre d'analyse et de prospective stratégique du Quai d'Orsay et par l'armée. Ça vous a fait quoi de voir un rapport de plus de 200 pages expliquant que vous étiez revenus aux anciennes méthodes ? », puis : « Qu'est-ce qui vous a fait mal, pas mal ? Qu'est-ce qui vous a choqué, pas choqué ? »
Synthèse de la réponse

L'ambassade a procédé à un comptage lexical du rapport et livre ses résultats à l'antenne : Daesh cité 18 fois, la Chine 72 à 76 fois, la Russie 426 fois. Studennikov en tire la conclusion politique : « Est-ce que cela veut dire que c'est la Russie qui représente la menace principale pour la France et pour le monde occidental ? […] Nous ne pouvons pas accepter cette perception. » Sky riposte en citant le rapport lui-même (extension de la ferme à trolls de 4 000 à 12 000 m², rapprochement d'un satellite russe d'un satellite français), la source est retournée contre l'invité.

Fiche 1.24Pivot2018

L'encerclement : « la Russie se sent-elle acculée par une force belliqueuse à ses frontières ? »

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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27/09/2018
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01:35:3501:38:13
Question de Sky« L'Union européenne est massivement pieds et poings liés avec les États-Unis. Est-ce que la vraie question, c'est : est-ce que la Russie se sent de plus en plus acculée par ce qu'elle pourrait considérer comme une force belliqueuse à ses frontières ? »
Synthèse de la réponse

Réponse la plus explicite du corpus sur le casus belli russe de 2022. « Rien n'a changé après la disparition de l'Union soviétique, c'est ça le problème. […] Aujourd'hui nous avons l'OTAN devant nos frontières, nous avons une frontière commune avec des pays de l'OTAN, des contingents importants à proximité de nos frontières, un système global de défense antimissile en train d'être construit par les Américains et les Européens, des bases américaines un peu partout. »

Puis l'élément décisif : « nous avons proposé, il y a quelques années, de signer un nouveau traité sur la sécurité en Europe […] Pour l'instant, pas de réponse. »

Valeur archivistiqueLe 27 septembre 2018, la Russie expose publiquement, sur une chaîne YouTube française, sa demande de renégociation de l'architecture de sécurité européenne et son constat de non-réponse. Le 17 décembre 2021, Moscou publiera ses deux projets de traité avec les États-Unis et l'OTAN, même demande, cette fois sous ultimatum. L'entretien documente trois ans et trois mois de préavis.

Fiche 1.252018

La succession de Poutine et l'inquiétude de l'après

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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27/09/2018
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01:37:5801:41:07
Questions de Sky« Qui voyez-vous pour succéder à Vladimir Poutine ? », puis : « Est-ce que les Russes s'inquiètent de l'après-Poutine ? Parce que tous les Russes avec qui j'ai pu discuter en Russie s'inquiètent de l'après-Poutine : pour eux, Poutine a assaini le pays, et ils s'inquiètent de revoir quelqu'un de corrompu derrière, ou de manipulé par des ingérences de pays extérieurs. »
Synthèse de la réponse

Esquive protocolaire (« il est trop tôt, le président a cinq ans de travail devant lui »), suivie d'une démonstration de pluralisme électoral local (défaites de gouverneurs de Russie unie aux régionales de septembre 2018), et d'un refus d'enregistrer l'inquiétude décrite : « je n'enregistre pas cette inquiétude pour l'instant ».

Fiche 1.26Question d'internet2018

L'autonomie alimentaire comme dividende des sanctions

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Artem Studennikov, ministre-conseiller
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27/09/2018
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01:41:0701:42:00
Question d'internaute, lue par Sky« Grâce aux sanctions, la Russie devient leader mondial des exportations de céréales. La Russie cherche-t-elle à devenir autonome d'un point de vue alimentaire ? »
Synthèse de la réponse

Réponse de principe favorable à l'autonomie alimentaire, tempérée par les limites agronomiques et l'étendue du territoire.

Valeur archivistiqueLa question de l'arme céréalière, centrale dans la crise alimentaire mondiale de 2022, est posée par la communauté de la chaîne dès septembre 2018.

I.5 · Alekseï Pouchkov, sénateur

18.12.2018 · 1 h 35 · 212 occurrences · président de la commission de l'information et des médias du Conseil de la Fédération, ancien président de la commission des affaires internationales de la Douma

Fiche 1.272018

« Pourquoi parle-t-on de la menace russe ? »

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Alekseï Pouchkov : Futur de l'ordre mondial, la menace russe ? ↗ voir sur YouTube
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Alekseï Pouchkov, sénateur, animateur d'une émission politique hebdomadaire depuis 1998
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18/12/2018
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00:02:1500:02:35
Question de Sky« On a intitulé notre interview "le futur du monde, la nouvelle menace russe". Pourquoi parle-t-on de cette menace russe, surtout en Occident ? »
Synthèse de la réponse

« Je pense que l'Occident est en crise de nerfs. Et cette crise de nerfs est produite par le changement des rapports de force à l'échelle internationale. » Thèse qui structurera tout l'entretien : la « menace russe » est un symptôme du déclassement occidental, non un fait militaire.

Fiche 1.28Pivot2018

Nord Stream 2 : l'alternative énoncée trois ans avant la crise

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Alekseï Pouchkov, sénateur
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18/12/2018
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00:46:5700:48:00
Question de Sky · [reformulation fidèle]Interrogation sur le gazoduc germano-russe et les pressions américaines contre le projet.
Synthèse de la réponse

Pouchkov pose le dilemme allemand en termes commerciaux et politiques : « les Américains n'en veulent pas, les Américains veulent nous vendre leur gaz de schiste qui est 30 à 40 % plus cher. Il faut l'acheter parce que ce sont nos alliés, et pour cette raison, il faut arrêter la construction du gazoduc russe. Alors vous choisissez : vous voulez acheter le gaz de M. Trump pour lui faire plaisir, ou vous voulez du gaz stable ? Pas un gaz qui arrive par navires, c'est compliqué, du gaz stable qui arrive par gazoduc depuis la Russie, qui vous fournit depuis les années 60 et n'a jamais trompé personne sur ces contrats. C'est une question de choix pour les Allemands. »

Valeur archivistiqueLa totalité des termes du débat de 2021-2022 sur Nord Stream 2, surcoût du GNL américain, fiabilité contractuelle historique, souveraineté allemande, instrumentalisation de l'alliance, est posée le 18 décembre 2018. Le gazoduc sera achevé en septembre 2021, sa certification suspendue le 22 février 2022, ses conduites sabotées en septembre 2022.

Fiche 1.29Pivot2018

Le recensement du dispositif OTAN aux frontières russes

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Alekseï Pouchkov, sénateur
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18/12/2018
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00:48:0000:52:14
Question de Sky« On va sauter au-dessus de l'Atlantique. On a vu de beaux avions russes arriver au Venezuela. Des bombardiers nucléaires stratégiques, surnommés par l'Occident les Blackjack, les Tu-160. C'est un remake de Cuba ? C'est montrer que la Russie amène des avions à frappe nucléaire à côté des États-Unis ? C'est quoi ? »
Synthèse de la réponse

Pouchkov répond par un inventaire, le plus précis du corpus, du dispositif otanien à la périphérie russe, présenté comme la cause dont le vol des Tu-160 est l'effet : 4 000 soldats de l'OTAN stationnés dans les pays baltes ; 900 militaires allemands en Lituanie, « la première fois que l'Allemagne envoie ses troupes après 1941 sur le territoire de l'ancienne Union soviétique, ce qui est assez controversé » ; navires américains pénétrant périodiquement la mer Noire ; création d'un nouvel état-major de l'OTAN en Pologne, où les Polonais veulent bâtir une base « qu'ils veulent nommer base Donald Trump » ; et surtout : « l'OTAN promet à la Géorgie et à l'Ukraine, dans un certain temps, de les admettre à l'intérieur de l'alliance. »

Sur le Venezuela, il tempère : « on ne veut pas provoquer une nouvelle crise des Caraïbes ».

Fiche 1.302018

La Chine, partenaire dangereux ?

Vidéo
Alekseï Pouchkov : Futur de l'ordre mondial, la menace russe ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Alekseï Pouchkov, sénateur
Publication
18/12/2018
Timecode
01:16:2501:18:04
Question de Sky« La Chine, est-ce que ce n'est pas un partenaire qui est dangereux pour la Russie ? », puis : « Avec la France, vous êtes partenaires ou amis ? »
Synthèse de la réponse

Pouchkov reconnaît « une certaine pression psychologique » liée au différentiel démographique et aux 4 500 km de frontière commune, mais conditionne la sécurité russe au maintien du statut nucléaire : « si la Russie reste la première puissance nucléaire, comme elle l'est maintenant avec les États-Unis, avec une armée forte et un gouvernement central capable de défendre son territoire, je ne vois aucunement de menace chinoise. » Réponse mémorable à la relance : « Avec la France, je pense qu'on est amis historiques, partenaires partiels, sympathisants. »

Fiche 1.31Question d'internet2018

L'Arctique, la route du Nord et la militarisation norvégienne

Vidéo
Alekseï Pouchkov : Futur de l'ordre mondial, la menace russe ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Alekseï Pouchkov, sénateur
Publication
18/12/2018
Timecode
01:24:1101:26:20
Question d'internaute, lue par Sky« L'OTAN et ses mouvements militaires en Norvège, maintenant que l'Arctique est navigable : l'appropriation de cette route par la Russie est-elle considérée comme un danger par l'OTAN ? »
Synthèse de la réponse

Confirmation d'un programme otanien de renforcement en Norvège et dans les mers du Nord, inscrit dans « cette confrontation que nous avons avec l'OTAN ». Pouchkov exprime néanmoins une confiance résiduelle dans le traité arctique (« c'est une des dimensions où on est assez proches des Canadiens ») et formule un avertissement : « il faudrait que cet accord ne soit pas démonté par ceux qui voudraient commencer une nouvelle guerre froide partout, pas seulement en Europe mais aussi dans le Nord ».

Fiche 1.322018

Maïdan et le deux poids deux mesures de l'ingérence

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Alekseï Pouchkov : Futur de l'ordre mondial, la menace russe ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Alekseï Pouchkov, sénateur
Publication
18/12/2018
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01:07:2701:11:06
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur les accusations d'ingérence russe dans les scrutins européens, et sur le rôle prêté à la Russie dans le mouvement des gilets jaunes.
Synthèse de la réponse

Contre-interrogatoire de l'invité, qui retourne la question : « pourquoi avons-nous vu tellement d'Européens sur le Maïdan ukrainien quand ces manifestants voulaient renverser le gouvernement légal en Ukraine ? Il paraît qu'en Ukraine, on peut s'ingérer dans les affaires intérieures du pays, c'était même recommandé », citant parlementaires allemands et européens, John McCain, le ministre allemand des Affaires étrangères. Sur les gilets jaunes, il tourne en dérision l'accusation britannique et cite l'aveu du Bild après les législatives allemandes (« mais où sont les Russes ? »). Thèse : « les élites traditionnelles européennes n'ont pas de réponse aux questions posées par les sociétés européennes », d'où le besoin d'un bouc émissaire.

I.6 · Les médias d'État russes

Annexe de la Partie I, deux entretiens, 188 occurrences cumulées

Fiche 1.332017

Sputnik France - Sans Filtre

Vidéo
Sputnik France - Sans Filtre ↗ voir sur YouTube
Invité
Le porte-parole de Sputnik France, ex-journaliste (La Croix, Marianne, Europe 1), fils de la journaliste Catherine Erhel. Le patronyme est restitué de façon incertaine par le sous-titrage automatique ; il n'est pas affirmé ici.
Publication
21/02/2017
Timecode
00:00:0001:07:16 (intégral)
Première question de Sky, à 00:01:35« Pourquoi votre patron s'est-il dégonflé de venir chez nous ? »
Synthèse

Entretien mené trois mois avant l'élection présidentielle française de 2017 et la mise à l'écart de RT et Sputnik par l'Élysée. Sky y installe la matrice d'interrogatoire qu'il reprendra avec RT France : trajectoire personnelle du journaliste, rémunérations, latitude éditoriale, rapport à la maison mère.

Fiche 1.342018

RT France, Xenia Fedorova, 57 questions, le plus fort ratio du corpus

Vidéo
Propagande VS Journalisme ? RT France, Xenia Fedorova ↗ voir sur YouTube
Invitée
Xenia Fedorova, présidente-directrice générale de RT France (chaîne lancée en décembre 2017)
Publication
16/01/2018
Timecode
00:00:4101:28:07 (intégral)
  • 00:16:57« Est-ce que vous avez été approchée par les services de renseignement russes, que ce soit sur votre territoire ou sur notre territoire ? »
  • 00:17:05« Est-ce que vous avez été approchée par les services de renseignement français, ou est-ce que vous avez détecté une écoute à votre encontre ? »
  • 00:21:59« Est-ce que vous avez l'impression que vous faites le travail de nos journalistes, ici, au sein de nos frontières ? Et est-ce que vous avez l'impression que nos journalistes font votre travail au sein de l'État russe ? »
  • 00:28:00« Le polonium sur les journalistes russes, vous en avez entendu parler ? »
  • 00:45:20« Est-ce que vous avez, d'une façon caricaturale, l'œil de Moscou qui regarde ce que vous faites à chaque minute ? Combien de fois avez-vous au téléphone votre maison mère à Moscou ? »
  • 00:50:31[question d'internet] « Soutiendrait-elle un média financé par l'Union européenne qui s'installerait en Russie pour faire comme RT ? Ceci est-il autorisé par la loi russe ? Pourrait-il ouvrir une chaîne télé ? »
  • 01:17:12« C'est quoi, "les hackers russes" ? Sont-ce les hackers qui utilisent une adresse IP provenant de cette partie du monde ? Ou l'alphabet cyrillique ? »
Synthèse

Le dispositif est ici celui de la réciprocité testée : chaque grief occidental adressé aux médias russes est retourné en question de symétrie, un média européen pourrait-il opérer en Russie dans les mêmes conditions ? C'est la matrice argumentative que Sky appliquera à toutes les questions d'ingérence du corpus.

Compléments du dépouillement systématique

Séquences identifiées lors du balayage exhaustif des 259 vidéos du périmètre, hors tri par densité

Fiche 1.352017

Le ministre du Numérique face au blocage des médias russes

Vidéo
Mounir Mahjoubi, Ministre chargé du Numérique ↗ voir sur YouTube
Invité
Mounir Mahjoubi, secrétaire d'État chargé du Numérique
Publication
31/10/2017
Timecode
00:42:50
Question de Sky« On va passer à un autre sujet : Twitter, la liberté d'expression. Quand Twitter blackboule les médias russes, qu'est-ce que vous en pensez ? » — précédé, à 00:24:02, de : « On était avec des hackers russes de chez Kaspersky il n'y a pas très longtemps. Qu'est-ce que vous pensez de Kaspersky ? »
Synthèse de la réponse

Le ministre est interrogé sur la restriction publicitaire imposée par Twitter à RT et Sputnik, et sur le statut de l'éditeur russe Kaspersky dans les administrations. Il replace la question dans le cadre du partenariat sécuritaire et des relations bilatérales, « toujours exigeantes ».

Valeur archivistiqueSéquence posée deux mois et demi avant l'entretien avec RT France et cinq mois avant celui avec l'ambassade de Russie. La question de la restriction des médias d'État russes est adressée à un membre du gouvernement français avant de l'être aux intéressés.

Partie II

La prospective militaire et le renseignement : le spectre de la guerre avant février 2022

Militaires, anciens chefs du renseignement, historiens, géopoliticiens. Dix-huit séquences où la question du conflit est posée frontalement, et où la réponse, presque toujours, est négative.

Fiche 2.0Pivot2016

L'encerclement cartographié, avril 2016

Vidéo
De l'éducation à la guerre ou De la guerre, à l'éducation ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Spécialiste des opérations militaires internationales (présentation inaudible dans le sous-titrage)
Publication
07/04/2016
Timecode
00:19:5300:20:55
Question de Sky« Comment ça se passe au niveau de l'Europe de la défense ? Comment l'Europe va se positionner par rapport à ça ? Et quel est votre avis sur ce qui se passe avec la Russie ? On voit la Russie encerclée par l'OTAN, physiquement parlant, vous étudiez toutes les positions de géolocalisation des bases de l'OTAN. On sent que la Russie est un petit peu prise entre le marteau et l'enclume, mais on voit que la Crimée, que le bouclier antimissile en Pologne, ça se rapproche, et on voit la situation vraiment se tendre. Alors on a eu quelques contacts avec les Russes, les Russes sont encore un petit peu sereins, mais quand même déploient des systèmes de défense de la Syrie jusqu'à l'Arctique. Comment ça va se terminer selon vous ? »
Synthèse de la réponse

L'invité renvoie à l'alternative du monde multipolaire face au projet américain. La séquence est précédée (00:07:00) d'une question de Sky sur l'OTAN formulée dans des termes qu'il reprendra mot pour mot deux ans plus tard face au général Desportes : « est-ce que l'OTAN a une politique prédatrice, et est-ce que l'OTAN n'est pas devenu le sous-traitant de la politique étrangère américaine face à la Russie, la Chine, l'Inde, peut-être même l'Europe ? » Plus loin (00:19:21) : « c'est exactement une réplication du monde de la guerre froide, juste l'ennemi maintenant c'est la Chine et pas la Russie », avec le constat d'« une mentalité de guerre froide sous stéroïdes » chez les 40-55 ans à Washington.

Valeur archivistiqueAvril 2016 : l'encerclement n'est pas énoncé comme opinion mais comme relevé cartographique, géolocalisation des bases, bouclier antimissile polonais, déploiements de la Syrie à l'Arctique. C'est la première formulation complète du dossier.

Fiche 2.0 bisPivot2016

« On va à la guerre ou on va pas à la guerre ? »

Vidéo
Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Analyste des conflits et de la propagande de guerre (sous-titres manuels, citation de qualité publiable)
Publication
19/04/2016
Timecode
00:49:5700:53:43
Question de Sky« Comment ça va se terminer ? […] Sur le plan des guerres, ouais. Parce que là on voit la Russie faire énormément de mouvements, on voit la Chine construire des porte-avions fixes avec des îles artificielles, on voit les contrats d'armement, les alliances se souder un peu à gauche et à droite, nous l'Europe on est au milieu, comment ça va se terminer ? On va à la guerre ou on va pas à la guerre ? »
Synthèse de la réponse

« Personne ne peut le prédire. L'histoire n'est pas prévisible sur ce plan-là. Les deux peuvent arriver. » L'invité distingue alors deux courants américains : celui du déclin assumé, qui privilégie la guerre indirecte (Obama, Brzeziński), et le courant néoconservateur, « au contraire il faut aller à la confrontation avec la Russie, il ne faut pas laisser faire Poutine, et donc on le provoque. On est en train de le provoquer de toutes les manières, pour essayer de faire une escalade […] Ils nous emmènent faire une troisième guerre mondiale. Pas programmée ou voulue, mais quand on lance une escalade contre d'autres puissances de cette manière-là, quand on refuse de négocier, c'est clair que ça peut mener sur un conflit épouvantable. »

Sky enchaîne : « Les préconisations pour éviter le conflit épouvantable ? », réponse : l'absence de tout mouvement anti-guerre en Europe, la gauche ayant « totalement capitulé ».

Fiche 2.0 terPivot2016

Le Donbass comme zone tampon et la « bande de contention »

Vidéo
200 terroristes sur le territoire ? Entre Ukraine, Irak, Terrorisme, Reporter de Guerre et après ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Paul Moreira, journaliste d'investigation, réalisateur du documentaire Ukraine, les masques de la révolution
Publication
04/07/2016
Timecode
00:38:0300:49:22
Questions de Sky« L'Ukraine, tu as fait un reportage sur le Maïdan, tu t'es fait vilipender par une partie de la caste journalistique. Comment ça s'est passé, comment tu es parti là-bas, qu'est-ce que tu as vu ? », puis, sur la politique américaine de containment : « Qu'est-ce qui se passe quand la bande de contention est trop serrée ? », et enfin : « Un intérêt pour envahir, ou un intérêt pour résister ? »
Synthèse de la réponse

Moreira raconte être tombé sur le massacre d'Odessa du 2 mai 2014, « 46 personnes brûlées vives par des milices d'extrême droite », dont il n'avait « pas entendu parler », et dont il était « convaincu que c'était l'autre bord ». Il analyse la doctrine américaine de containment : « il y a l'OTAN tout autour de la Russie […] une logique de contenir l'espace de l'empire russe ».

Sur les intentions russes, sa réponse est catégorique et sera vérifiée à rebours en 2022 : « si les Russes voulaient envahir l'Ukraine, il en ont pour quelques heures. Ce n'est pas ça leur projet. Les Russes ont un intérêt géostratégique évident à favoriser une zone tampon dans l'est de l'Ukraine. » Il documente enfin l'hostilité de la profession à son enquête, et l'usage des milices d'extrême droite comme supplétifs.

Valeur archivistiqueJuillet 2016 : la thèse du Donbass comme zone tampon délibérée, reprise par Desportes en 2018 et Galactéros en 2019, est ici formulée pour la première fois du corpus, par un journaliste qui s'est rendu sur place.

Fiche 2.1Pivot2018

Alain Juillet : « Est-ce qu'on se dirige vers la guerre, la vraie ? »

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DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales. Alain Juillet ↗ voir sur YouTube
Invité
Alain Juillet, ancien directeur du renseignement de la DGSE (2002-2003), ancien Haut Responsable chargé de l'intelligence économique auprès du Premier ministre
Publication
07/04/2018
Timecode
00:09:5300:15:23
Question de Sky« Revenons sur la Russie. Quand la Russie prévient l'Angleterre de se méfier un petit peu de tout ce brouhaha médiatique, est-ce que vous pensez qu'on se dirige vers la guerre, la vraie ? »
Synthèse de la réponse

Juillet répond non, en s'appuyant sur la récurrence historique des crises d'espionnage anglo-russes (Philby, Blunt, Maclean, Vassall) : « à chaque fois il y a eu un grand scandale, des hurlements des Anglais, des expulsions de diplomates, tout un show […] mais ça s'est arrêté ». Il propose une lecture de politique intérieure britannique : Theresa May, affaiblie par le Brexit, « s'est donné une stature » en fédérant les Occidentaux contre Moscou. Sur le fond de l'affaire Skripal, il émet un doute méthodique, pourquoi éliminer, cinq ans après un échange d'agents, un homme qu'on aurait pu exécuter avant ?, et conclut : « il y a de grandes chances qu'on s'aperçoive que ce n'est pas Poutine qui a fait le coup ; que c'est peut-être des Russes, mais pas Poutine. »

Valeur archivistiqueC'est la formulation la plus littérale de la question du dossier, posée le 7 avril 2018 à un ancien directeur du renseignement extérieur français. La réponse est négative. Elle documente, mieux que tout commentaire, le régime de croyance de l'appareil français à cette date.

Fiche 2.22018

Alain Juillet : la Syrie, Tartous et l'essai grandeur nature des systèmes d'armes

Vidéo
DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales ↗ voir sur YouTube
Invité
Alain Juillet
Publication
07/04/2018
Timecode
00:39:4800:43:07
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur la présence russe en Syrie et le rôle exact de la base de Tartous.
Synthèse de la réponse

Juillet établit la ligne rouge russe en Syrie comme strictement militaire : la flotte russe ne peut faire escale en Méditerranée pour maintenance et ravitaillement qu'à Tartous ; tant que les groupes djihadistes ne menaçaient pas la base, « les Russes n'ont pas bougé ». La bascule de septembre 2015 est présentée comme une réaction de protection de base, non comme un projet expansionniste. Il ajoute l'élément décisif : l'engagement syrien « lui a permis de tester toutes ces nouvelles armes », et « personne ne pensait que l'armée russe avait progressé dans certains types d'armement, les S-300 et S-400, et bientôt les S-500 ».

Fiche 2.3Pivot2018

Général Desportes : l'OTAN comme menace et le découplage transatlantique

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Armée française : Quelle stratégie ? Général Vincent Desportes ↗ voir sur YouTube
Invité
Général de division (2S) Vincent Desportes, ancien directeur de l'École de guerre (2008-2010), professeur de stratégie à Sciences Po et HEC
Publication
22/11/2018
Timecode
00:05:3400:19:32
Salve d'ouverture de Sky« On en est où avec l'OTAN ? Est-ce qu'on a réintégré le Conseil de l'OTAN ? Est-ce qu'on va ressortir ? Est-ce que l'armée européenne va remplacer l'OTAN ? Est-ce que l'OTAN n'a pas une utilité d'encercler la Russie ? Est-ce que l'OTAN a quand même sa légitimité ? Est-ce que l'OTAN a perdu sa légitimité ? »
Synthèse de la réponse

Desportes construit sa réponse sur « l'inévitable découplage de l'Europe et des États-Unis » et pose une thèse frontale : « aujourd'hui l'OTAN représente un danger pour l'Europe », pour trois raisons, outil de déresponsabilisation budgétaire des Européens ; institution en quête de survie ayant dû « se trouver un ennemi » après 1989 (« l'OTAN aurait dû mourir en 1989 ») ; instrument mercantile (« M. Trump est d'abord un commerçant »).

Il livre l'anecdote structurante du double avis : pour le Pentagone, « l'OTAN ne sert à rien » ; pour le Département d'État, « l'OTAN est le meilleur outil de maîtrise de l'Europe ». D'où la mécanique d'élargissement : « l'Europe s'élargit au rythme de l'OTAN, un peu derrière », l'élargissement dissolvant la capacité de décision européenne.

Fiche 2.4Pivot2018

Desportes : « Créer l'affaire du Donbass » pour verrouiller l'adhésion à l'OTAN

Vidéo
Armée française : Quelle stratégie ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Général Vincent Desportes
Publication
22/11/2018
Timecode
00:30:4000:36:52
Question de Sky« Si je vous comprends bien, nos intérêts ont pris un autre chemin que ceux des États-Unis. Est-ce que nos intérêts sont plus proches de ceux de la Russie ? », puis la relance opératoire : « Comment on fait baisser les tensions ? »
Synthèse de la réponse

Desportes énonce l'intérêt commun russo-européen : « vivre en bonne entente en Eurasie ». Puis il expose une causalité de l'affaire ukrainienne d'une netteté remarquable pour 2018 : « il est dans la culture stratégique russe de ne pas supporter à ses marches immédiates un adversaire potentiel […] Quand l'OTAN commence à avoir des pourparlers avec l'Ukraine, que fait la Russie ? Elle fait en sorte que ce ne soit pas possible. On sait que l'OTAN ne peut pas intégrer des pays en guerre ou en rébellion. Donc on va créer l'affaire du Donbass. »

Il énumère trois politiques américaines vécues comme agressives : élargissement de l'OTAN jusqu'à toucher la Russie (« historiquement, ce n'est pas supportable ») ; déploiement du bouclier antimissile en Pologne et Roumanie, qui ruine l'équilibre de la terreur ; contournement par l'Asie centrale. Il cite un décompte de think tank : lors des grandes manœuvres russes contestées, le nombre de troupes de l'OTAN en exercice simultané était deux fois supérieur. Conclusion : la montée des tensions vers « une catastrophe » est « tout à fait possible » et « il faut réagir avant ».

Valeur archivistiqueLa mécanique du conflit gelé comme verrou d'adhésion à l'OTAN, exposée le 22 novembre 2018, est la clé de lecture de la reconnaissance des républiques du Donbass le 21 février 2022.

Fiche 2.5Pivot2020

Général Norlain : « L'Europe va redevenir le champ de bataille nucléaire »

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Général 5 étoiles face à la bombe nucléaire ? Bernard Norlain ↗ voir sur YouTube
Invité
Général d'armée aérienne (2S) Bernard Norlain, ancien commandant de la Force aérienne de combat et de la Défense aérienne, ancien directeur de l'IHEDN
Publication
24/02/2020, jour pour jour deux ans avant l'invasion
Timecode
01:12:3001:14:17
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur l'effondrement de l'architecture de maîtrise des armements et ce qu'il en reste.
Synthèse de la réponse

Norlain dresse le constat de démantèlement : le traité FNI a été dénoncé par Trump, « il ne reste plus que le traité New START, signé par Obama et Poutine, qui se termine en 2021 ». Puis l'énoncé prospectif : « si l'année prochaine ce traité New START n'est pas renouvelé, il n'y aura plus d'accord de sécurité et l'Europe va redevenir le champ de bataille nucléaire futur. » Il précise la portée du danger : la fin du FNI autorise Russie, OTAN et France à développer des missiles de portée intermédiaire, « 500 km, pour ne rien vous cacher, c'est l'Europe ».

Fiche 2.6Pivot2020

Norlain : les exercices nucléaires américains « en cas d'invasion russe »

Vidéo
Général 5 étoiles face à la bombe nucléaire ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Général Bernard Norlain
Publication
24/02/2020
Timecode
00:06:0800:08:00
Question de Sky« Là, actuellement, les Américains font des exercices à la frontière russe, font des exercices de bombardement nucléaire en cas d'invasion russe. Pour vous, c'est une doctrine qui est figée ? C'est une doctrine que les Américains peuvent encore se permettre ? C'est quoi ? »
Synthèse de la réponse

Norlain analyse cet entraînement comme le symptôme d'une dépendance : « les Américains, par le biais de l'OTAN notamment, nous entraînent dans leur politique de défense à eux ». Il hiérarchise les adversaires selon Washington, la Chine comme « méchant idéal », la Russie conservant « une capacité nuisante non négligeable » et restant « l'ennemi numéro un » pour les pays d'Europe centrale et les Baltes. Il approuve la tentative de Macron de « se dégager de cet enchaînement conflictuel avec la Russie ».

Valeur archivistiqueLe scénario d'exercice, « en cas d'invasion russe », est nommé à l'antenne le 24 février 2020. Il se réalisera le 24 février 2022.

Fiche 2.72020

Norlain : l'incident aérien comme déclencheur involontaire

Vidéo
Général 5 étoiles face à la bombe nucléaire ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Général Bernard Norlain
Publication
24/02/2020
Timecode
01:06:0401:08:36
Question de Sky« Quand vous voyez les Blackjack, les bombardiers russes, se balader aux frontières de l'espace aérien français, c'est quoi ? […] C'est dangereux, ça, non ? », puis : « Quand on voit l'avion du ministre de la Défense russe se faire approcher de façon ostentatoire par un avion de l'OTAN en mer Baltique, son escorte montre le ventre… est-ce que c'est aussi une provocation ? »
Synthèse de la réponse

Norlain qualifie ces vols de « provocation » au sens de démonstration d'existence opérationnelle, et rappelle que « pendant toute la guerre froide on a joué à ce petit jeu, donc ça recommence ». Il détaille le risque technique concret : les avions russes n'activent pas leur IFF (identification ami/ennemi), d'où risque de collision avec l'aviation civile et impossibilité de lire les intentions, « tout peut arriver ».

Fiche 2.8Pivot2019

Caroline Galactéros : « L'Ukraine est un État tampon et devrait le rester »

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Géopolitique : Cynisme et bons sentiments ? Caroline Galactéros ↗ voir sur YouTube
Invitée
Caroline Galactéros, docteur en science politique, colonel (RC), fondatrice du think tank Geopragma
Publication
27/03/2019
Timecode
01:19:0601:23:46
Question de Sky« Comment vous voyez les révolutions oranges ? », et, sur la demande de précision de l'invitée : « Ukraine 2004, Ukraine 2014, Ukraine, à vous de choisir. Géorgie. »
Synthèse de la réponse

Galactéros décrit une séquence délibérée d'ingénierie politique post-guerre froide : mise en place, dans chaque ancien satellite, d'« équipes convergentes avec ce qu'on espérait faire de l'Europe élargie », étant entendu que « ce qu'on voulait faire de l'Europe élargie, c'est quelque chose qui s'oppose nettement à la Russie, jusqu'à venir lui chatouiller les orteils ». Le dispositif « a plus ou moins marché jusqu'à l'Ukraine », où le redressement de l'État russe a opposé une résistance.

Puis l'énoncé central : « l'Ukraine, c'est un État tampon, et ça devrait le rester franchement. Je pense qu'on est allé trop loin. C'est de la provocation. Faire tomber l'Ukraine dans l'Union européenne et dans l'OTAN, c'est juste pas concevable, d'un point de vue russe, ça veut dire qu'il n'y a plus rien. » Elle rappelle l'existence d'accords verbaux non écrits sur la neutralité ukrainienne.

Fiche 2.92019

Galactéros : la Russie comme dernière ligne de protection avant la Chine

Vidéo
Géopolitique : Cynisme et bons sentiments ? ↗ voir sur YouTube
Invitée
Caroline Galactéros
Publication
27/03/2019
Timecode
00:18:4800:20:53
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur la place de la Russie dans le rapport de forces sino-américain.
Synthèse de la réponse

« La Russie est diabolisée à outrance sur ordre ou sur instruction washingtonienne […] on voit encore la Russie, dans des cercles très importants et très agissants, comme l'Union soviétique, comme si rien n'avait bougé. » Elle propose une inversion complète du cadrage stratégique : « il suffit pourtant de prendre un planisphère : c'est la dernière ligne de protection pour l'Europe vis-à-vis de la Chine » ; la politique européenne à l'égard de Moscou est « non seulement indigne mais totalement à contretemps de nos intérêts européens ».

Fiche 2.10Pivot2019

Eric Dénécé : la radicalisation russe comme effet en retour

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La France en danger : où en est le renseignement ? Eric Dénécé ↗ voir sur YouTube
Invité
Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R)
Publication
11/09/2019
Timecode
00:26:3500:27:53
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur la tentative de rapprochement franco-russe de l'été 2019 : n'est-il pas déjà trop tard ?
Synthèse de la réponse

Dénécé formule une thèse de prophétie auto-réalisatrice : « les Américains ont fini par provoquer ce qu'ils disaient il y a quelques années et qui était faux ». Séquence : violation des accords oraux et écrits de fin de guerre froide → longue passivité russe → radicalisation. « Ils se sont remis à faire de manière massive de l'espionnage contre l'Occident, ils se sont remis à faire des cyberattaques. C'est une réalité, seulement, nous sommes en partie responsables de l'avoir provoqué. » Il ajoute le diagnostic de mépris : « il y a un vrai mépris des Européens [chez les Russes] : vous êtes des auxiliaires des Américains ». Avertissement final : « on risque de se retrouver en défiance parce qu'on a creusé le fossé. C'est un jeu dangereux de ne pas respecter sa parole avec les Russes. »

Fiche 2.112019

Dénécé : « En quoi la révolution ukrainienne a-t-elle été falsifiée ? »

Vidéo
La France en danger : où en est le renseignement ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Eric Dénécé
Publication
11/09/2019
Timecode
00:33:3100:35:30
Question de Sky« Vous parlez de falsification de la révolution ukrainienne. En quoi ça a été falsifié ? »
Synthèse de la réponse

Dénécé avance quatre éléments : les Américains « ont besoin de créer un ennemi pour resserrer les rangs de l'OTAN autour d'eux » ; la présence, selon lui, de « 250 personnes de la CIA sur place au moment de la révolution, en soutien du SBU » ; le fait déclencheur, la bascule de Ianoukovytch vers l'accord avec la Russie plutôt qu'avec l'UE, un président « ni plus ni moins mal élu que ses prédécesseurs » ; enfin la loi ukrainienne restreignant l'usage du russe à l'Est. Il maintient la responsabilité russe : « dire que derrière, les forces spéciales russes ont joué un rôle, nous sommes d'accord. Mon seul propos est de dire que la vérité est quelque part au milieu. »

Fiche 2.12Pivot2018

Emmanuel Todd : la doctrine nucléaire d'une armée conventionnellement faible

Vidéo
Emmanuel Todd : Trahison des élites françaises ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Emmanuel Todd, historien, démographe et anthropologue, auteur de La Chute finale (1976)
Publication
07/11/2018
Timecode
01:21:1301:23:02
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur l'état réel des forces russes et la crainte qu'elles inspirent aux Baltes et aux Scandinaves.
Synthèse de la réponse

Todd expose la doctrine russe comme fonction d'une faiblesse démographique et conventionnelle : « puisqu'on n'est pas capable de faire face aux forces de l'OTAN sur le plan conventionnel, les Russes ont prévenu que si la nation ou l'État russes étaient menacés, ils utiliseraient l'arme nucléaire sur le plan tactique », inversion complète de la doctrine soviétique de non-emploi en premier. Il attribue ce basculement à une doctrine où « l'homme est rare et précieux », inversion de la pratique stalinienne d'utilisation des excédents démographiques. Il juge « ridicule » l'idée d'une attaque russe contre la Suède.

Valeur archivistiqueL'articulation déficit démographique → seuil nucléaire abaissé est le paramètre le plus discuté de la guerre de 2022 ; il est énoncé ici en novembre 2018.

Fiche 2.132018

Todd : la dépendance logistique française à la Russie

Vidéo
Emmanuel Todd : Trahison des élites françaises ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Emmanuel Todd
Publication
07/11/2018
Timecode
01:57:1801:59:09
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur les conséquences pratiques d'une rupture avec Moscou. Sky formule l'objection concrète : « si les Russes remuent le robinet, ça va être compliqué pour nous ».
Synthèse de la réponse

Todd cite une dépendance opérationnelle rarement évoquée : « si on se fâche avec les Russes, on ne peut plus transporter nos chars, parce qu'on le faisait dans des avions loués aux Russes. C'est quand même incroyable de désigner comme adversaire stratégique un pays qui, quand on veut intervenir rapidement en Afrique, transporte notre matériel militaire. » Il en tire une accusation d'irresponsabilité visant le discours présidentiel du 11 novembre 2018 : désigner la Russie comme adversaire « c'est d'une part idiot, mais c'est dangereux pour la France ».

ContexteL'allusion vise les gros-porteurs Antonov affrétés par la France, dont l'indisponibilité deviendra effective après février 2022.

Fiche 2.142018

Jean-Pierre Petit : « Il bluffe, Poutine, ou pas ? »

Vidéo
Jean-Pierre Petit : Modèle Janus et Armes russes ↗ voir sur YouTube
Invité
Jean-Pierre Petit, astrophysicien, directeur de recherche honoraire au CNRS, spécialiste de magnétohydrodynamique
Publication
07/06/2018
Timecode
01:09:2301:14:51 · séquence « armes russes » : 00:40:4301:14:51
Question de Sky« Il bluffe, Poutine, ou pas ? », après quatre relances de recadrage : « Jean-Pierre, revenons aux armes russes » (00:40:43), « Revenons aux armes russes » (00:50:49), « Bon, revenons aux armes russes » (01:08:49), « Vous avez des choses à rajouter sur les armes russes ? » (01:11:29)
Synthèse de la réponse

« Pas du tout. Pas du tout. Il ne pourrait pas se payer ce luxe, ce n'est pas possible. » Petit conduit une expertise technique système par système du discours de Poutine du 1er mars 2018 : le missile de croisière à propulsion nucléaire comme reprise d'un projet arrêté en 1965 ; le drone sous-marin et son emport potentiel de charges de plusieurs dizaines de mégatonnes (« vous faites exploser ça devant San Francisco, vous faites un tsunami de 300 mètres de haut ») ; le Sarmat, fusée de 200 tonnes permettant une trajectoire par le pôle Sud contournant les défenses ; le Kinjal à Mach 10 et le planeur hypersonique Avangard, dont il attribue les performances à la maîtrise russe de la MHD.

Sur la cause : la sortie américaine du traité ABM, qui détruisait l'équilibre de la terreur, « Poutine a recréé la monstruosité. C'est impossible à stopper. » Il indique que sa vidéo sur les armes russes « a créé une panique dans les hautes sphères militaires ».

Séquence connexe · 01:01:56Sky : « Si ça n'a rien de mystérieux, pourquoi nous, en France, on a des torpilles toutes pourraves ? », Réponse : « Parce qu'on est cons, c'est tout. »

Fiche 2.15Pivot2022

Amiral Loïc Finaz : « On joue mal la carte russe », 44 jours avant

Vidéo
L'art de la guerre et du commandement ? Loïc Finaz ↗ voir sur YouTube
Invité
Vice-amiral d'escadre (2S) Loïc Finaz, ancien directeur de l'École de guerre (2019-2021)
Publication
11/01/2022, 44 jours avant l'invasion
Timecode
01:11:0201:13:20
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur les partenariats stratégiques alternatifs à l'alignement atlantique, et la place de la Russie parmi eux.
Synthèse de la réponse

Finaz désigne les Russes comme partenaires naturels d'une architecture européenne intelligente et porte un jugement rétrospectif sévère : « depuis la chute du mur de Berlin, les Occidentaux, les Américains d'abord, mais nous Européens aussi, on aurait pu être un peu plus pertinents. On joue mal la carte russe. […] Non pas pour créditer Poutine de quoi que ce soit, mais bien sûr qu'on joue mal cette carte. » Il file le parallèle avec l'Iran, analysant le discours de l'« axe du mal » comme un point de bascule produit par des conseillers en communication contre l'avis des diplomates : « début des emmerdes ».

Séquence connexe · 00:59:21Finaz signale qu'il y a « plus de sous-marins russes en Atlantique » qu'à une période antérieure, indicateur opérationnel livré six semaines avant l'invasion.

Fiche 2.16Pivot2022

Geoffroy Roux de Bézieux : le démenti patronal de l'invasion, 28 jours avant

Vidéo
La France face à la nouvelle mondialisation ? Geoffroy Roux de Bézieux ↗ voir sur YouTube
Invité
Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF (2018-2023)
Publication
27/01/2022, 28 jours avant l'invasion
Timecode
00:38:5000:40:30
Question de Sky« Est-ce que le MEDEF a son mot à dire sur les questions géopolitiques ? […] Est-ce que vous appelez Macron pour lui dire "maintenant pépère, tu vas te calmer" ? », puis, après la réponse : « Mais ce n'est pas ça qu'on nous raconte, puisqu'on évacue le personnel militaire américain de Kiev. »
Synthèse de la réponse

Roux de Bézieux exprime d'abord la position patronale, « ce qui se passe en ce moment entre la Russie et l'Europe n'est pas une bonne nouvelle, nous, on veut la désescalade », puis livre un pronostic personnel devenu emblématique : « à titre personnel, je ne crois pas trop à ce qu'on nous raconte sur un envahissement possible. Il faut voir un peu la carte […] je ne crois pas qu'on puisse envahir l'Ukraine jusqu'à Kiev avec cent mille soldats. Tout au plus pour le Donbass. »

Sur la relance concernant l'évacuation du personnel américain de Kiev, il concède le fait sans réviser son analyse et conclut sur une position gaullienne : « la Russie fait partie de l'Europe au sens gaullien du terme, de l'Atlantique à l'Oural […] pour autant on ne va pas entrer en guerre avec eux s'il franchit ce Rubicon qu'il n'a pas franchi ».

Fiche majeure de la Partie VElle documente, à 28 jours de l'événement, l'exactitude de l'indice mobilisé par l'intervieweur, l'évacuation du personnel américain, et l'erreur d'appréciation du représentant du patronat français, y compris sur le rapport de forces numérique.

Fiche 2.17Pivot2022

Jean-Luc Mélenchon : « une guerre qu'on nous annonce en Ukraine », 34 jours avant

Vidéo
Où va la France ? Jean-Luc Mélenchon - Part 1 ↗ voir sur YouTube
Invité
Jean-Luc Mélenchon, député, candidat à l'élection présidentielle de 2022
Publication
21/01/2022, 34 jours avant l'invasion
Timecode
01:40:2101:43:00
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur les alliances de la France et sa capacité de décision autonome dans la crise en cours.
Synthèse de la réponse

Mélenchon dénonce l'exclusion des Européens des négociations russo-américaines de sécurité (« les États-Unis se réunissent avec Poutine pour discuter de la sécurité européenne […] vous attendrez au café »). Il qualifie la crise de « gesticulation générale » à double détente : « les Américains pour pouvoir remettre l'OTAN là-dedans, les Russes pour montrer aux Américains que cette fois-ci c'est une ligne rouge ».

Mais il assortit cette lecture d'un avertissement : « on est aussi capables de comprendre que ça peut très mal tourner si quelqu'un perd son sang-froid, s'il y en a un qui fait l'imbécile », rappelant les 6 000 ogives de chaque côté. Il conclut sur la mémoire des 20 millions de morts soviétiques et sur un refus explicite : « on ne veut pas se laisser embarquer dans des guerres qui ne sont pas les nôtres ».

Séquence connexe · 01:55:31« Les Polonais sont passés du pacte de Varsovie à l'OTAN, ils étaient fanatiques du pacte, maintenant fanatiques de l'OTAN », suivi d'un plaidoyer pour le non-alignement et le désarmement.

Fiche 2.182020-2021

Séquences militaires complémentaires, relevé horodaté

Statut
Pistes documentaires localisées et caractérisées
Réserve
La qualité du sous-titrage automatique ne permet pas la littéralité exigée par le protocole
Usage
Vérification directe sur la source vidéo aux timecodes fournis
InvitéDateTimecodesObjet de la séquence
Général d'armée Henri Bentégeat, ancien CEMA (2002-2006), ancien président du Comité militaire de l'UE03.06.202100:45:20 · 00:47:48 · 00:48:44Manœuvres russes de grande ampleur ; comparaison des capacités russes et chinoises ; missiles hypervéloces russes
Henri Bentégeat03.06.202101:25:17 · 01:26:38 · 02:04:25État de la Russie ; Crimée et Ukraine ; « les vrais problèmes que la Russie nous pose »
Henri Bentégeat03.06.202102:12:2602:16:12[question d'internet] Fonction et légitimité de l'OTAN ; article 5 ; commandement intégré
Bernard Squarcini, ancien directeur central du renseignement intérieur (2008-2012)15.05.20208 séquencesRenseignement, rapports de puissance et Russie
Christian Harbulot, directeur de l'École de guerre économique20.05.202024 occurrencesGuerre économique, rapports Chine-Russie-Occident
Régis Le Sommier, grand reporter, alors journaliste à RT France12.10.202101:19:12 · 01:35:52 · 02:04:55« Il y a de l'autocensure chez les Russes ? » ; accès à l'Élysée avec une carte de presse RT ; « Où est la donne russe là-dedans ? Où est la pression ? Où est la propagande ? »

Compléments du dépouillement systématique

Séquences identifiées lors du balayage exhaustif des 259 vidéos du périmètre, hors tri par densité

Fiche 2.192015

« Si vous aviez une question à poser à Vladimir Poutine, ce serait laquelle ? »

Vidéo
Député, qui va payer ? Entre TAFTA, Monsanto et la Syrie ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques
Publication
14/07/2015
Timecode
00:20:3700:21:20
Question de Sky« Vous avez parlé du commerce des armes, vous avez parlé des États-Unis : qu'est-ce que vous pensez de la position de Vladimir Poutine par rapport à la liste noire sur laquelle deux députés français sont inscrits ? » — puis : « Si vous aviez une question à poser à Vladimir Poutine, ce serait laquelle ? »
Synthèse de la réponse

Lassalle admet ne pas maîtriser le dossier de la liste noire russe, puis livre la réponse la plus directe du corpus sur l'intention russe : « je lui demanderais s'il sait vraiment lui-même où il va ». Une formulation d'incertitude, en juillet 2015, sur la trajectoire du pouvoir russe.

Valeur archivistiqueDeuxième occurrence la plus ancienne du corpus. La question porte moins sur la puissance russe que sur la lisibilité de ses intentions, qui restera l'angle mort de tous les invités jusqu'en 2022.

Fiche 2.202016

« Quelle est votre opinion concernant Poutine ? C'est une marionnette ? »

Vidéo
Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd : Plongée en eaux troubles ↗ voir sur YouTube
Invité
Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd
Publication
29/09/2016
Timecode
00:22:2300:23:10
Question de Sky« Quelle est votre opinion concernant Poutine ? » — puis, sur la réponse de l'invité : « C'est une marionnette ? »
Synthèse de la réponse

Watson raconte avoir adressé six mois plus tôt un discours au gouvernement russe pour obtenir l'arrêt du transport de viande de baleine par les eaux arctiques. Sur Poutine : « il est comme tous les leaders mondiaux », puis, à la relance : « ils sont tous les marionnettes d'un autre ».

Fiche 2.212017

Un lieutenant-colonel sur l'Ukraine et la Syrie

Vidéo
Guillaume Ancel, Lieutenant-Colonel / Force d'action rapide ↗ voir sur YouTube
Invité
Guillaume Ancel, lieutenant-colonel, ancien officier de la Force d'action rapide
Publication
20/06/2017
Timecode
00:19:35
Question de Sky« Maintenant, qu'est-ce que vous pensez de l'Ukraine, de la Syrie ? Est-ce que l'expérience des Balkans [éclaire ce qui s'y joue] ? » — question issue de la communauté, relayée par Sky.
Synthèse de la réponse

L'officier met en regard le désengagement occidental — « on a été obligés de fermer les deux tiers des bases qui existaient » — et les théâtres ukrainien et syrien, en s'appuyant sur son expérience des Balkans, seul précédent européen de guerre récente.

Valeur archivistiquePremière occurrence dans le corpus d'une question sur l'Ukraine adressée à un militaire français d'active ou de réserve. Juin 2017.

Fiche 2.222018

« L'Ukraine, ça te parle ? » — la thèse de Brzeziński énoncée en 2018

Vidéo
Idriss Aberkane sans filtre ↗ voir sur YouTube
Invité
Idriss Aberkane, essayiste
Publication
15/02/2018
Timecode
00:10:4300:12:30
Question de Sky« Tu suis d'autres conflits. L'Ukraine, ça te parle un peu ? » — puis, plus loin (00:42:15) : « Il faut qu'on tende la main aux Russes. Comment ? Parce que la question, c'est comment. »
Synthèse de la réponse

L'invité, qui dit avoir vécu neuf mois en Ukraine, énonce la formule de Brzeziński : « la Russie sans l'Ukraine cesse d'être une puissance européenne ». Il juge le niveau de polarisation tel qu'il « voit très mal comment [le conflit] pourrait être résolu pacifiquement », et pose que « l'Ukraine seule ne pourrait pas résister à la Russie très longtemps ». Sur la main tendue, il prend l'exemple russo-turc : se « friter » avec un pays tout en négociant avec lui.

Valeur archivistiqueFévrier 2018. Le pronostic militaire — l'Ukraine ne tiendrait pas seule — et la clé géopolitique de Brzeziński sont posés quatre ans avant l'invasion.

Fiche 2.232018

« Est-ce que la Russie est forcément un grand méchant face aux gentils ? »

Vidéo
Natacha Polony : Journalistes et médias sous contrôles ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Natacha Polony, journaliste, directrice de la rédaction de Marianne
Publication
05/03/2018
Timecode
00:23:1701:02:30
Question de Sky« Que ce soit les flux migratoires, que ce soit la question géopolitique du rapport entre les États-Unis et la Russie, la façon dont on va lire les rapports de force : est-ce qu'on estime que la Russie est forcément un grand méchant face aux gentils ? » — puis (00:59:27) : « Avec la Russie, on entretient quoi comme rapports ? On fait quoi avec ? » — et (01:00:12) : « comment éviter de dépendre soit de la Russie, soit de la Chine, soit des États-Unis ? En termes énergétiques, est-ce que nous sommes capables de ne pas nous retrouver pris au piège ? »
Synthèse de la réponse

Polony conteste l'attribution automatique à Moscou (« quand j'entends que même en Catalogne ce serait la Russie qui aurait manipulé, on se marre »), plaide pour une lecture en rapports de force plutôt qu'en morale, et pose la dépendance énergétique comme le critère concret de souveraineté. Elle conclut sur l'affrontement indirect en Syrie : « il y a entre les Russes et les Américains une confrontation qui peut déraper à tout moment. Où nous situerons-nous ? »

Valeur archivistiqueMars 2018 : la question du piège énergétique européen et celle du dérapage accidentel sont posées dans le même entretien, quatre ans avant que les deux ne se réalisent.

Fiche 2.242019

Mélenchon sur la fin du traité FNI : « moins bien protégés qu'au temps de l'Union soviétique »

Vidéo
Jean-Luc Mélenchon : face à la réalité ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône
Publication
06/05/2019
Timecode
00:25:0000:35:10
Question de Sky« Les Américains ont rompu le traité avec les Russes — figurez-vous que maintenant on est moins bien protégés qu'on était du temps de l'Union soviétique. Est-ce qu'on peut encore mettre le pied sur le frein ? » — puis (00:34:45) : « Pourquoi on donne raison systématiquement à n'importe quel olibrius qui, au nom de l'Ukraine, montre les dents aux Russes ? »
Synthèse de la réponse

Mélenchon développe le retrait américain du traité sur les forces nucléaires intermédiaires comme une dégradation nette de la sécurité européenne, et met en cause l'alignement français sur les positions les plus dures. Il rappelle l'existence d'un courant anti-OTAN en Espagne, en Italie et en Allemagne, et pose la question de l'union de ces forces.

Valeur archivistiqueMai 2019, dix mois avant le général Norlain sur le même sujet (fiche 2.5). La dénonciation de la fin du traité FNI est donc portée dans le corpus par un responsable politique avant de l'être par un militaire.

Fiche 2.252019

« Est-ce que les Russes ont bien fait d'aller chercher leurs traîtres ? »

Vidéo
DGSE : Face à la réalité ? Talk with a spy ↗ voir sur YouTube
Invité
Ancien officier de la DGSE, anonymisé
Publication
20/09/2019
Timecode
01:48:30
Question de Sky« Est-ce que les Russes ont bien fait d'aller chercher leurs traîtres ? » — question issue de la communauté.
Synthèse de la réponse

Réponse d'un praticien : « chacun a le pays dans lequel il fonctionne ; la Russie, c'est un État fort ». L'ancien officier avait auparavant contesté (01:43:55) la lecture pro-russe de l'affaire Skripal, jugeant « trop pro-russes » certaines positions tenues sur la chaîne — y compris, nommément, celles d'Alain Juillet.

Valeur archivistiqueRare séquence du corpus où un invité conteste explicitement les analyses d'un autre invité sur la Russie. Elle nuance l'homogénéité apparente du panel.

Fiche 2.262019

« Pourquoi l'ennemi c'est Poutine et pas Ben Salman ? »

Vidéo
Clientélisme politique et Moyen-Orient : Agnès Levallois et Pierre Conesa ↗ voir sur YouTube
Invité
Agnès Levallois, spécialiste du Moyen-Orient ; Pierre Conesa
Publication
24/10/2019
Timecode
00:02:4201:03:40
Question de Sky« Une question simple pour vos auditeurs : je ne comprends toujours pas pourquoi l'ennemi c'est Poutine et pas Ben Salman. » — puis (00:45:52) : « Quand Emmanuel Macron dit qu'il va falloir se détendre avec les Russes, est-ce qu'il y a cet État profond au Quai d'Orsay ? » — et (01:00:42) : « Comment analysez-vous le fait qu'un homme, Vladimir Poutine, au XXIe siècle, ramasse toutes les cartes ? »
Synthèse de la réponse

Conesa répond par la cohérence : « Poutine est cohérent. Depuis le départ, il dit : je vais soutenir Assad. Ce n'est pas qu'il aime Assad — la Syrie et la Russie ont une alliance stratégique depuis les années 50, et il a à cœur de montrer que lorsqu'il a une alliance, il la tient. » Il oppose cette constance à l'imprévisibilité de Trump, et conclut : « en Syrie, finalement, ce sont les Russes qui ramassent les billes ».

Valeur archivistiqueOctobre 2019. L'asymétrie des indignations — Poutine désigné, Ben Salman épargné — est la matrice que Conesa reprendra sur les embargos, et que le dossier retrouve en 2018 comme en 2021.

Fiche 2.27Pivot2021

Crimée et Mayotte : « pourquoi les Russes ne nous feraient pas le coup ? »

Vidéo
Les radicalismes religieux et le Lobby Saoudien en France ? Pierre Conesa ↗ voir sur YouTube
Invité
Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense
Publication
16/04/2021
Timecode
01:47:4101:56:10
Question de SkySéquence conduite par Sky sur la légitimité des annexions et des référendums : « quelle est la légitimité de dire : ça c'est à moi, ça c'est pas à moi ? Qu'est-ce que fait Poutine — il va nous faire le coup des Comores ? »
Synthèse de la réponse

Conesa file le parallèle juridique qu'il avait posé en 2018 : la France a organisé le référendum d'indépendance des Comores, Mayotte a voté pour rester française, et la France a validé. « Nous, on a fait le coup à Mayotte : pourquoi les Russes ne nous le feraient pas en Crimée, où il y a 70 à 80 % de russophones ? » Il évoque l'Holodomor comme trace mémorielle ukrainienne, avertit qu'« il ne faut pas commencer à maltraiter les russophones » — sans quoi c'est « la voie royale » pour Moscou — et anticipe la divergence américano-européenne si l'Ukraine demandait le secours de l'OTAN.

Valeur archivistiqueAvril 2021, dix mois avant l'invasion. La séquence énonce le mécanisme du référendum d'annexion, le levier russophone et la fracture atlantique en cas de demande ukrainienne — les trois ressorts de février 2022.

Fiche 2.282021

« Pourquoi est-on fâchés avec les Russes ? »

Vidéo
Philippe de Villiers sans filtre ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Philippe de Villiers, ancien ministre, essayiste
Publication
19/05/2021
Timecode
01:17:13
Question de SkySéquence sur la doctrine gaullienne : « on devrait pratiquer la phrase de de Gaulle, l'Europe de l'Atlantique à l'Oural. Pourquoi est-on fâchés avec les Russes ? Ils sont européens comme nous. »
Synthèse de la réponse

De Villiers impute la brouille aux gouvernements français successifs plutôt qu'à Moscou, et inscrit la rupture dans l'abandon d'une politique étrangère autonome.

Partie III

Les nœuds énergétiques et géo-économiques

Dépendance gazière, gazoducs, seuil budgétaire du baril, embargos et effets de report : l'anticipation des sanctions de 2022 est déjà écrite, dans le détail, entre 2016 et février 2022.

Fiche 3.1Pivot2016

L'union énergétique européenne comme réponse directe à la Crimée

Vidéo
L'énergie des conflits, les conflits de l'énergie ↗ voir sur YouTube
Invités
Table ronde de spécialistes des questions énergétiques et de géopolitique des ressources (les intervenants s'interpellent par leurs prénoms : Francis, Philippe, Nicolas)
Publication
08/09/2016
Timecode
00:17:5100:23:23
Question de SkySur la stratégie énergétique européenne face à la dépendance au gaz russe [reformulation fidèle], puis : « On a parlé de gazoducs, d'oléoducs. Maintenant on va parler de la Syrie : il y a certains points soulevés sur internet concernant le soutien de la Russie à la Syrie pour des questions de gazoduc, d'oléoduc ou de transport énergétique. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire dessus ? Est-ce que c'est vérifié, véritable ? »
Synthèse de la réponse

Exposé complet, en 2016, du dispositif qui sera activé dans l'urgence en 2022. L'Union énergétique européenne, adoptée en février 2015, « moins d'un an après le début de la crise russo-ukrainienne, la Crimée, l'est de l'Ukraine », avec « un lien de cause à effet important », vise prioritairement le gaz naturel. Quatre leviers détaillés : diversification des approvisionnements ; développement du GNL, dont la flexibilité est explicitement opposée à la rigidité du gazoduc (« un gazoduc, c'est un lien fixe […] un bateau peut changer de destination ») ; interconnexions et surtout réversibilité des gazoducs est-ouest pour permettre à l'Allemagne ou à la France de réexpédier du gaz, « y compris du gaz russe » ; renouvelables et efficacité énergétique.

Le panel précise que le scénario d'une crise énergétique liée aux relations UE-Russie est, dès 2016, « dans toutes les têtes » à la Commission européenne, « et donne lieu à plusieurs scénarios ». Sur la Syrie, les intervenants réfutent l'explication par les hydrocarbures : les gisements syriens sont à l'Est, hors contrôle du régime.

Séquence connexe · 00:54:5300:57:15« On dépend encore à 30 % de la Russie, que ce soit sur le gaz mais aussi sur le pétrole […] les Américains avaient intérêt à ce que les Européens se fâchent avec les Russes pour pouvoir leur vendre leur gaz. Ils le font déjà […] alors que la Russie, c'est l'allié naturel de l'Europe pour les années qui viennent, que ce soit sur l'énergie ou sur l'aérospatiale. »

Fiche 3.2Pivot2018

Pierre Conesa : l'embargo comme transfert de pouvoir énergétique

Vidéo
Pierre Conesa : Guerres, Embargos et Propagandes ↗ voir sur YouTube
Invité
Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense (Délégation aux affaires stratégiques), maître de conférences à Sciences Po
Publication
14/09/2018
Timecode
00:20:1000:21:15 · 00:34:0000:35:37
Question de Sky« Et comme aujourd'hui on recommence à nouveau avec Trump à vouloir un embargo total sur l'Iran et la Russie… les sanctions sur la Russie ? », puis : « Est-ce que ça veut dire qu'il faut développer ces échanges avec la Russie ? Développer ces échanges avec la Chine ? »
Synthèse de la réponse

Conesa énonce d'abord la nature politique de l'outil : « les sanctions ne sont pas destinées à punir le pays qui est dans un état d'illégalité ; elles sont destinées à punir le pays que le consensus occidental décide de punir », démonstration par l'absence de sanctions contre les États-Unis après l'invasion de l'Irak. Il file un parallèle juridique récurrent chez lui : l'annexion de la Crimée après référendum et le rattachement de Mayotte à la France lors du référendum d'indépendance des Comores, « exactement le même scénario ».

Enfin l'analyse de l'effet-système : « mettre sous embargo la Russie et l'Iran, qui sont deux gros producteurs de pétrole, ça veut dire qu'on va donner les clés de l'énergie à l'Arabie saoudite », le Venezuela étant lui aussi sous embargo. Il conclut sur la nécessité de relations « beaucoup plus diversifiées » et sur le constat que l'Europe est « dans une position de soumission ».

Séquence connexe · 00:34:15« Quand on voit Poutine avec Xi Jinping se faire des petits roulés au caviar, c'est une erreur de l'Europe d'avoir craché sur les Russes pendant un certain temps. »

Fiche 3.32018

Delamarche / Gave / Sabatier : le vrai sujet, c'est l'Allemagne

Vidéo
Delamarche, Gave, Sabatier : Géopolitique, macroéconomie sans filtre ↗ voir sur YouTube
Invités
Olivier Delamarche (Platinium Gestion), Charles Gave (Gavekal, Institut des Libertés), Pierre Sabatier (PrimeView)
Publication
03/04/2018
Timecode
01:38:2601:41:58 · 01:03:1201:05:32
Question de Sky« Qu'est-ce qu'on fait avec la Russie ? », puis, en relance : « On va où ? Quel est le but du jeu ? C'est d'essayer d'empêcher l'oléoduc ou le gazoduc ? C'est quoi ? Un prétexte pour le Brexit ? »
Synthèse de la réponse

Charles Gave inverse la question (« c'est plutôt : qu'est-ce que la Russie fait avec nous ? ») et juge « Poutine remarquablement patient » face à l'affaire Skripal, qualifiée de « grotesque du début jusqu'à la fin », parallèle explicite avec la fiole de Colin Powell. Il propose une grille du Great Game du XIXe siècle rejoué. Sur la Crimée : « Sébastopol, c'est la base militaire qui contrôle tout le Moyen-Orient pour les Russes, vous pensez bien qu'ils n'allaient pas laisser tomber Sébastopol ».

Sa thèse centrale est cependant ailleurs : « le vrai danger géopolitique, c'est que l'Allemagne décide de s'allier à la Russie et à la Chine, à ce moment-là le monde bascule complètement. Le cœur du débat géopolitique aujourd'hui, c'est l'Allemagne. » D'où, selon lui, le déplacement de Trump en Pologne : « pour dire aux Polonais : on empêchera la liaison par terre de l'Allemagne avec la Russie et la Chine ».

Fiche 3.4Pivot2022

Marc Endeweld : Nord Stream 2, Total et le « casus belli » gazier, 7 jours avant

Vidéo
L'emprise, la France sous influence ? Marc Endeweld ↗ voir sur YouTube
Invité
Marc Endeweld, journaliste d'investigation, auteur de L'Emprise. La France sous influence (2022)
Publication
17/02/2022, 7 jours avant l'invasion
Timecode
02:28:0602:41:55
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur la marge de manœuvre réelle de la France dans la crise russo-ukrainienne, et sur la crédibilité de la médiation d'Emmanuel Macron auprès de Moscou.
Synthèse de la réponse

Séquence la plus dense du corpus sur l'économie politique du gaz, sept jours avant l'invasion. Quatre apports :

1. Le discrédit français à Moscou. « Ça fait bien longtemps que les Russes ne prennent pas au sérieux Emmanuel Macron », jugé « pas fiable parce qu'il change de position tous les quatre matins ».

2. La cause précise du discrédit. « Emmanuel Macron s'est opposé au projet Nord Stream 2 auprès de Bruxelles dès 2019, face à l'Allemagne […] les Russes le savent, et Vladimir Poutine aussi. Pour eux, c'est un casus belli, la question du gaz. »

3. L'angle mort français. « La France a aussi d'énormes intérêts gaziers et pétroliers en Russie, parce que Total, dont on ne parle jamais […] au point d'avoir 24 % des réserves prouvées du groupe en Russie, et 17 % de sa production pétrole-gaz (chiffres 2020) » ; rappel du rôle de Christophe de Margerie et du projet Yamal LNG.

4. La dépendance structurelle croissante. Classement du gaz comme énergie « verte » dans la taxonomie européenne sous poussée allemande, et non-anticipation de l'affaiblissement des réserves de mer du Nord, « on devient de plus en plus dépendants du gaz russe ».

Séquence connexe · 02:37:29, le point aveugle nucléaire« On parle du contentieux gazier historique depuis quinze ans entre l'Ukraine et la Russie, mais il y a un sujet sur lequel l'Ukraine et la Russie ne se sont jamais affrontées : le nucléaire. Les centrales ukrainiennes sont de conception russe, toute la chaîne d'approvisionnement est en partie russe, et par ailleurs l'Ukraine exporte de l'électricité vers la Russie. »

Fiche 3.5Pivot2022

Jean-Marc Jancovici : « Pourquoi est-on pendus à ce que M. Poutine va faire avec son gazoduc ? », 15 jours avant

Vidéo
Éviter l'effondrement ? Jean-Marc Jancovici - Laurent Morel ↗ voir sur YouTube
Invités
Jean-Marc Jancovici, ingénieur, fondateur de Carbone 4 et du Shift Project ; Laurent Morel, associé de Carbone 4
Publication
09/02/2022, 15 jours avant l'invasion
Timecode
01:15:0601:20:30
Question de Sky« Je peux être un peu provoc ? Est-ce qu'on ne va pas se retrouver comme des petits gnomes franco-français à appuyer sur un bouton hypothétique alors que nos voisins ne bougent pas ? Est-ce que la cupidité d'autres États, le comportement prédateur sur les ressources qui nous restent, ne va pas mettre votre plan à la poubelle ? », puis : « Est-ce que ça veut dire qu'à terme, monsieur Poutine aura toujours autant besoin de nous que nous on aura besoin de lui ? »
Synthèse de la réponse

Jancovici renverse l'objection en argument de souveraineté : « Pourquoi est-ce qu'on est là pendus à savoir ce que monsieur Poutine va faire avec son gazoduc ? Parce qu'on est drogués à cette énergie fossile, ni plus ni moins. S'affranchir de ça, c'est s'éviter tout un tas d'ennuis, tout un tas de guerres qu'on est obligé de mener plus ou moins directement pour continuer à avoir notre dose. »

Sur la seconde question, il expose la structure de l'interdépendance : « à très court terme, Poutine a autant besoin de nous que nous de lui : quand il y a un tuyau de gaz qui part de chez lui et arrive chez nous, il ne peut pas prendre le tuyau et l'envoyer chez les Chinois ; un tiers du PIB russe, c'est les hydrocarbures ». Il juge « extrêmement faible » la probabilité d'une coupure durable, pronostic partiellement démenti à compter de l'été 2022. Il livre enfin la hiérarchie exacte des vulnérabilités : « la Russie, c'est un tiers du pétrole et un tiers du gaz européens […] et on est beaucoup plus mal sur le pétrole que sur le gaz, parce que le gaz il faut un tuyau, et chacun est d'un côté du tuyau ; le pétrolier, lui, va où il veut ». Angle mort institutionnel relevé : la lettre de mission de la commissaire européenne à l'Énergie ne comporte pas le mot « pétrole ».

Valeur archivistiqueÀ quinze jours de l'invasion, l'ensemble du problème énergétique européen de l'année 2022, dépendance, asymétrie gaz/pétrole, capacité de réorientation russe vers l'Asie, souveraineté par la décarbonation, est posé en cinq minutes d'antenne.

Fiche 3.62022

Roux de Bézieux : le prix de l'électricité indexé sur le dernier mégawattheure de gaz russe

Vidéo
La France face à la nouvelle mondialisation ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF
Publication
27/01/2022
Timecode
01:37:0001:39:20
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur la flambée des prix de l'électricité et la mécanique du marché européen.
Synthèse de la réponse

Démontage du mécanisme de formation des prix : « c'est le prix de l'énergie marginale qui fait le prix du marché, c'est le dernier mégawattheure de gaz qui fait le prix de tout le marché, et donc le prix de marché a explosé parce qu'il y a une tension sur le gaz russe avant l'Ukraine, et depuis maintenant quatre-cinq mois ». Seule réponse structurelle possible selon lui : « changer les règles du marché de l'électricité européen, qui ne peut pas dépendre uniquement du dernier prix du gaz russe, qui à tort ou à raison est évidemment un élément de pression assez fort ». Il rappelle l'épisode des usines d'aluminium menacées de fermeture à 250 €/MWh.

Valeur archivistiqueLa crise des prix de l'énergie est explicitement datée antérieure à la crise ukrainienne, précision essentielle pour l'analyse causale de l'inflation de 2022.

Fiche 3.72018

Studennikov : le fromage comme métonymie de l'embargo

Vidéo
Ambassade de Russie : Acte 2 ↗ voir sur YouTube
Invité
Artem Studennikov, ministre-conseiller
Publication
27/09/2018
Timecode
00:24:0000:26:20
Question de Sky« J'ai été à Moscou récemment, et mon plus grand désarroi, c'est qu'il n'y a plus de fromage français dans vos commerces. »
Synthèse de la réponse

Séquence en apparence légère, en réalité pédagogique sur la substitution d'importations : Studennikov décrit le développement d'une production fromagère russe de brebis et de chèvre dans la région de Krasnodar, « grâce à des partenariats avec des fermiers et des spécialistes français ». Il chiffre l'effet en miroir : les contre-sanctions ont « frappé les producteurs français privés du marché russe », avec « des pertes très considérables pour les producteurs de pommes, de fruits et légumes ».

Valeur archivistiqueDocumentation par l'anecdote du succès de la politique russe de substitution agroalimentaire, variable sous-estimée dans les prévisions occidentales d'efficacité des sanctions de 2022.

Compléments du dépouillement systématique

Séquences identifiées lors du balayage exhaustif des 259 vidéos du périmètre, hors tri par densité

Fiche 3.0Pivot2015

La géopolitique énergétique nommant la Russie et l'Ukraine

Vidéo
Pétrole et gaz de schiste, où va-t-on ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Olivier Appert et Francis Perrin, spécialistes des questions énergétiques
Publication
12/06/2015
Timecode
00:04:1700:05:40
Question de Sky« Francis Perrin, la géopolitique énergétique : qu'est-ce que vous pouvez nous en dire aujourd'hui — entre la Syrie, l'Arabie saoudite, le Yémen, le Soudan, le Soudan du Sud, la Russie, l'Ukraine, comme l'a rappelé Olivier Appert ? »
Synthèse de la réponse

La séquence est introduite par la formule d'André Giraud, ancien ministre de l'Industrie : « le pétrole est une matière première à fort contenu diplomatique et militaire, avec une valeur fiscale indéniable et accessoirement un pouvoir calorifique ». Appert étend le constat : « ce qui est vrai pour le pétrole est vrai aussi pour le gaz, comme les Russes nous l'ont rappelé récemment avec l'Ukraine ». Perrin confirme qu'on ne peut « pas parler pétrole, et énergie en général, sans parler géopolitique ».

Valeur archivistiquePremière occurrence du corpus mêlant Russie, Ukraine et dépendance énergétique, quinze mois avant la séquence de septembre 2016 (fiche 3.1) et cinq mois avant celle sur SWIFT. Elle fixe le début réel de l'arc documenté par ce dossier.

Fiche 3.8Pivot2017

Remplacer le dollar avec les Russes, et « scier la branche » énergétique

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Les Éconoclastes à l'École de Guerre : Le Jour d'après ↗ voir sur YouTube
Invité
Olivier Delamarche, Pierre Sabatier et les Éconoclastes, à l'École de guerre
Publication
06/12/2017
Timecode
00:51:4801:42:10
Question de SkyDeux séquences conduites par Sky : « c'est la banque centrale qui achète de l'or — on peut se demander s'ils ne sont pas en train, avec les Russes, d'élaborer une stratégie pour remplacer le dollar. Ça pourrait se faire comment ? » — puis, sur carte : « quand vous voyez la grosse flèche de la Russie vers l'Europe… »
Synthèse de la réponse

Le panel construit un scénario de dédollarisation adossée à l'or et coordonnée entre Pékin et Moscou, présenté comme « une fiction pour l'instant ». Sur l'énergie, le constat est frontal : « ce serait quand même con que l'Europe se fâche avec la Russie : ça reviendrait à peu près à scier la branche sur laquelle nous sommes assis. »

Valeur archivistiqueDécembre 2017, à l'École de guerre. La dédollarisation sino-russe et le coût énergétique d'une rupture avec Moscou sont exposés devant un auditoire militaire quatre ans avant les faits.

Fiche 3.92017

L'uranium : la dépendance nucléaire à la Russie et au Kazakhstan

Vidéo
Jean-Marc Jancovici : Anticiper l'effondrement énergétique ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Jean-Marc Jancovici, ingénieur, fondateur du Shift Project
Publication
14/12/2017
Timecode
00:21:43
Question de Sky« Les réserves d'uranium mondiales, ça donne quoi ? Est-ce que l'accord entre les États-Unis et la Russie sur le transfert d'uranium est devenu caduc, oui ou non ? Est-ce qu'il reste par exemple le Kazakhstan ? »
Synthèse de la réponse

La séquence porte sur l'approvisionnement du parc nucléaire occidental : la fin programmée de l'accord de dilution de l'uranium militaire russe, et le report sur le Kazakhstan comme premier producteur mondial.

Valeur archivistiqueDécembre 2017. La dépendance nucléaire — distincte de la dépendance gazière et rarement traitée — est posée quatre ans avant qu'elle ne devienne un sujet de sécurité européenne.

Fiche 3.102019

Nord Stream 2 : le mobile américain énoncé sans détour

Vidéo
Laherrère, Meilhan : Croissance, énergie, le point de non-retour ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Jean Laherrère, ancien géologue de Total ; Nicolas Meilhan, ingénieur, conseiller scientifique
Publication
19/06/2019
Timecode
01:36:53
Question de SkySéquence conduite par Sky sur les motifs réels des pressions américaines : « quand vous avez Trump qui va engueuler Merkel sur le Nord Stream 2 en disant qu'il faut s'opposer à Poutine — qu'est-ce que veut faire Trump ? »
Synthèse de la réponse

Réponse sans détour : « Il veut vendre du gaz liquéfié qui vient du gaz de schiste. Mais il n'y en aura pas, d'après mes prévisions. » L'argument double celui de Pouchkov six mois plus tôt (fiche 1.28) — surcoût du GNL américain — d'une objection de ressource : la capacité d'exportation américaine est jugée surestimée.

Valeur archivistiqueJuin 2019. C'est la troisième occurrence de Nord Stream 2 dans le corpus, et la seule qui conteste la faisabilité physique de l'alternative américaine.

Fiche 3.112020

Le rouble numérique

Vidéo
France : réveiller nos vieux démons ? Arnaud Montebourg ↗ voir sur YouTube
Invité
Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'Économie et du Redressement productif
Publication
18/11/2020
Timecode
01:30:27
Question de Sky« La Russie va peut-être lancer son rouble numérique : quelle est la position de Montebourg par rapport à ça ? Est-ce que nous, il faut qu'on fasse un euro numérique ou un franc numérique ? » — question issue de la communauté.
Synthèse de la réponse

Montebourg renvoie la Russie à sa liberté (« qu'elle fasse ce qu'elle veut ») et retourne la question vers la souveraineté monétaire européenne. La séquence est précédée d'un échange sur le nucléaire, « l'industrie énergétique qui se développe le plus au monde en ce moment, en Chine, en Russie ».

Valeur archivistiqueNovembre 2020. La question de la monnaie numérique souveraine comme réponse au risque d'exclusion du système financier occidental prolonge celle posée à l'ambassade de Russie en 2018 (fiche 1.12).

Partie IV

La recomposition des blocs : OTAN, États-Unis, axe Moscou-Pékin

Encerclement ou élargissement, autonomie stratégique européenne, bascule russe vers la Chine : dix séquences où la question n'est plus la guerre, mais l'architecture qui la rend possible.

Fiche 4.1Pivot2021

Hubert Védrine : « L'engrenage Ukraine était évitable »

Vidéo
Géopolitique : Le désastre Français ? Hubert Védrine ↗ voir sur YouTube
Invité
Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères (1997-2002), ancien secrétaire général de la Présidence de la République (1991-1995)
Publication
26/05/2021
Timecode
02:31:3402:35:09
Question de Sky« On arrive bientôt à la fin de notre interview. Certains vous accusent d'être un relais de Poutine, un influenceur de la Russie. Qu'est-ce que vous leur répondez ? »
Synthèse de la réponse

Védrine oppose son bilan (politique d'équilibre des forces sous Mitterrand, crise des euromissiles, soutien au déploiement des Pershing contre l'avis des gauches européennes) à l'accusation de complaisance. Il formule la thèse centrale : « je ne comprends pas qu'on ait plus peur de Poutine que de l'URSS. Quand l'URSS était ultra-puissante, nucléaire, conventionnel, armes chimiques, assassinats de transfuges, il s'est trouvé des présidents américains soutenus par des présidents français pour dire : on va négocier. Et on a négocié. On n'a pas eu la trouille. »

Puis le jugement rétrospectif décisif : « je pense qu'on a mal utilisé les deux premiers mandats de Poutine, où il était assez ouvert, assez demandeur. Je pense que l'engrenage Ukraine était évitable par une politique plus intelligente. Je reconnais qu'on est un peu coincé maintenant. » Clause de fermeté explicite : « s'il y a des cyberattaques, il faut répliquer par des cyberattaques […] s'il y a trop d'avions qui frôlent les dispositifs de l'OTAN, répliquons. Je ne suis pas du tout pour une position de faiblesse. »

Fiche 4.2Pivot2021

Védrine : Brzeziński et la neutralité manquée de l'Ukraine

Vidéo
Géopolitique : Le désastre Français ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Hubert Védrine
Publication
26/05/2021
Timecode
02:02:5002:07:13
Question de Sky« Quand on voit le ministre russe de la Défense se faire reluquer par la force otanienne en zone internationale, quand on voit les avions français se faire reluquer par les avions russes en zone internationale, est-ce que ça peut rapidement dégénérer ? Est-ce que ça ne fait pas partie d'une stratégie de montée en tension ? », puis : « Est-ce que c'est ce qu'il veut [refaire l'URSS] ? Est-ce qu'il est nostalgique ? »
Synthèse de la réponse

Védrine décrit un Poutine « très réfléchi », sans plan d'ensemble, qui « observe sans arrêt le dispositif pour voir où il y a des opportunités » : « quand il y a une faiblesse, une incohérence en face, il fait un coup comme il a fait en Géorgie, comme il a fait en Ukraine, parce que les Occidentaux mettaient sans arrêt en avant l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN, en oubliant qu'il y a la Crimée, russe aux yeux de tous les Russes, y compris les opposants à Poutine, et la base de Sébastopol. »

Il convoque l'autorité de Zbigniew Brzeziński, conseiller de Carter : « à la fin, il disait : on a eu tort de les provoquer avec ça. Il fallait plutôt organiser la neutralité de l'Ukraine pour mieux protéger l'Ukraine. » Il cite la formule de Poutine sur l'URSS, « celui qui ne la regrette pas n'a pas de cœur ; celui qui veut la reconstituer n'a pas de tête », et estime qu'à cette date Poutine « attend les Américains », le sommet de Genève du 16 juin 2021 étant devant lui.

Fiche 4.3Question d'internet2021

Védrine : Poutine contrôle-t-il encore ses services ?

Vidéo
Géopolitique : Le désastre Français ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Hubert Védrine
Publication
26/05/2021
Timecode
02:06:1702:07:13
Question d'internaute, lue par Sky« Affaire Skripal, Navalny, fake news sur les vaccins : les services russes sont-ils devenus mauvais ? Action volontairement mal exécutée ? La Russie se fait-elle piéger par d'autres services ? »
Synthèse de la réponse

« C'est une bonne question. Moi, je n'exclus pas que Poutine n'ait plus un contrôle complet de ses services. Il y a quand même deux ou trois événements qui se sont produits, complètement absurdes du point de vue de la stratégie russe, très gênants pour Poutine. Je crois qu'il ne contrôle pas tout, ce qui n'est pas une bonne nouvelle. » Sky enchaîne sur le risque de déclenchement accidentel d'une guerre.

Fiche 4.42021

Védrine : l'inefficacité structurelle des sanctions

Vidéo
Géopolitique : Le désastre Français ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Hubert Védrine
Publication
26/05/2021
Timecode
01:09:2201:10:32
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur la doctrine des sanctions et leur reconduction automatique.
Synthèse de la réponse

Védrine expose la proposition qu'il avait portée, ne voter des sanctions que pour une durée déterminée, afin de forcer un réexamen périodique, et constate son échec : « aucun pays du groupe qui sanctionne n'ose prendre l'initiative de dire "on ne va pas reconduire" ». Verdict : « ça ne sert à rien, fondamentalement. » Et sur le cas russe : « quoi qu'on pense du régime russe et de ses manœuvres, qui sont réelles, la Russie sera toujours à côté de nous. Ce n'est pas un pays d'Asie, ce n'est pas un pays d'Europe, c'est autre chose. »

Fiche 4.5Pivot2021

Alain Juillet : « On a poussé les Russes vers les Chinois »

Vidéo
La fin de la guerre classique ? Alain Juillet ↗ voir sur YouTube
Invité
Alain Juillet, ancien directeur du renseignement de la DGSE
Publication
09/09/2021, 5 mois et demi avant l'invasion
Timecode
01:32:0001:35:20
Question de Sky« Et la Russie, on en fait quoi ? »
Synthèse de la réponse

Réponse la plus complète du corpus sur la mécanique de la bascule Moscou-Pékin. Juillet identifie une « erreur stratégique de l'Europe depuis les années 2000 » : le refus d'accueillir la demande de rapprochement formulée par Poutine en début de mandat, sous la pression américaine et celle des pays de Visegrád. Il expose la crainte américaine sous-jacente : « ils ont toujours eu peur de ce rapprochement russo-européen qui ferait un ensemble plus puissant que les États-Unis, la Russie amenant les énergies et nous amenant tout le reste ».

D'où, selon lui, la création de « pôles de déstabilisation en Europe pour empêcher le rapprochement, le majeur, c'est l'Ukraine. L'Ukraine a été montée pour créer un foyer d'opposition dans la durée entre l'Europe et les Russes. » Conclusion opératoire : « avec les sanctions que nous avons prises, qu'est-ce qu'on a fait ? On a poussé les Russes vers les Chinois. » Contre-feu paradoxal : le problème de Poutine est désormais d'éviter d'aller « trop loin avec la Chine », face à la pénétration chinoise en Sibérie, « il a besoin des Occidentaux, alors que les Occidentaux l'ont poussé dans les bras des Chinois ».

Valeur archivistiqueCinq mois et demi avant l'invasion, l'ancien directeur du renseignement de la DGSE décrit l'Ukraine comme instrument de séparation Europe-Russie et la bascule chinoise comme conséquence des sanctions. Le partenariat « sans limites » sino-russe sera proclamé le 4 février 2022.

Fiche 4.62018

École de guerre : le rapport de forces réel et la mémoire de l'humiliation

Vidéo
École de Guerre : L'état du monde. Delamarche, Sabatier et Juillet ↗ voir sur YouTube
Invités
Olivier Delamarche, Pierre Sabatier, Alain Juillet
Publication
27/09/2018
Timecode
01:43:1001:49:32
Question de Sky« Je vous renvoie sur la Russie. Qu'est-ce qu'on peut dire sur la Russie en ce moment ? »
Synthèse de la réponse

Juillet ramène d'abord le rapport de forces à ses ordres de grandeur : « on nous dit "la Russie, l'ennemi" ; on compte 700 milliards d'investissement militaire d'un côté, 65 de l'autre. Est-ce que celui qui est dix fois plus petit a la moindre chance de gagner sur le long terme ? » Il décrit une stratégie russe de spécialisation asymétrique : abandon de domaines entiers au profit de « quelques techniques particulières sur lesquelles ils sont très en avance ». Jugement sans complaisance sur l'outil : « ils ne sont pas très bons, les Russes ; les troupes russes ne sont pas formidables, mais ils se sont créé quelques points forts et ils vont les exploiter. »

Variable sociologique décisive : à la chute de l'URSS le pouvoir d'achat russe s'est effondré de plus de 50 % et n'a été retrouvé que « il y a deux ans » ; d'où l'adhésion à Poutine comme restaurateur, « un sentiment d'orgueil national […] ils ne sont plus humiliés ». Pronostic sibérien : « il s'associe aux Chinois parce qu'il n'a pas d'autre choix, même s'il sait que la Sibérie est en train d'être envahie par des millions de migrants chinois et qu'il va perdre la Sibérie dans les vingt ans ».

Fiche 4.72018

Studennikov : le partenariat sino-russe vu de l'ambassade

Vidéo
Ambassade de Russie : Acte 2 ↗ voir sur YouTube
Invité
Artem Studennikov, ministre-conseiller
Publication
27/09/2018
Timecode
00:47:1200:49:24
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur la profondeur réelle du partenariat russo-chinois et ses fondements.
Synthèse de la réponse

Studennikov énumère les piliers officiels : principe de non-ingérence, frontière commune, affinités héritées de la période soviétique, intérêts économiques et sécuritaires. Formule employée : « notre rapprochement avec la Chine porte un caractère très profond et repose sur plusieurs facteurs. »

Fiche 4.82020

Norlain : européaniser l'OTAN plutôt que fonder une armée européenne

Vidéo
Général 5 étoiles face à la bombe nucléaire ? ↗ voir sur YouTube
Invité
Général Bernard Norlain
Publication
24/02/2020
Timecode
00:52:4800:54:17
Question de Sky · [reformulation fidèle]Sur la faisabilité d'une armée européenne.
Synthèse de la réponse

« Tout le monde sourit quand on parle d'armée européenne. Mais l'armée européenne, elle existe, elle est déjà là : c'est l'OTAN. […] Le problème, c'est que c'est l'armée des États-Unis, au service des intérêts des États-Unis. » Sa proposition dépasse le « pilier européen » officiel : « il faut européaniser l'OTAN. Le jour où le commandant suprême de l'OTAN sera un général européen, on aura fait un grand pas. »

Fiche 4.92018

Conesa : la propagande, l'opinion publique et la fabrique de l'ennemi

Vidéo
Pierre Conesa : Propagande de Guerre, Cinéma, Géopolitique, Opinion publique ↗ voir sur YouTube
Invité
Pierre Conesa
Publication
25/04/2018
Timecode
séquences réparties · 54 occurrences
Synthèse

Entretien-charnière du corpus sur la construction médiatique de l'ennemi, mené trois semaines après le premier entretien avec l'ambassade de Russie et cinq mois avant celui sur les embargos. Il fournit la grille d'analyse que Sky réutilisera systématiquement : mémoire courte des élites, alignement mimétique, asymétrie des indignations.

Fiche 4.102018

Les fuites du DNC : qu'est-ce qu'une « fake news » quand l'information est vraie ?

Vidéo
École de Guerre : L'état du monde ↗ voir sur YouTube
Invités
Alain Juillet, Olivier Delamarche, Pierre Sabatier
Publication
27/09/2018
Timecode
01:20:4501:24:57
Question de Sky« Vous parlez de fake news. Qu'est-ce que vous avez pu aborder avec vos collègues américains ? Est-ce que vous avez entendu parler du rapport français fait par le CAPS concernant la propagande russe ? », puis : « C'était les Russes ou WikiLeaks, pour les fuites du DNC ? »
Synthèse de la réponse

Juillet confirme avoir travaillé sur le rapport CAPS (« il est fort bien fait ») et livre une distinction conceptuelle décisive : ce qui a nui à Hillary Clinton, ce sont ses échanges de courriels authentiques, « ce sont des faits réels, mais des faits réels qui ne devaient pas être publiés […] les Russes ont fait de l'interception, ils ont piqué des fichiers, mais ils n'ont fait que reproduire la vérité. Et alors, est-ce que c'est une fake news ou pas ? » Il attribue la fuite principale à l'institut de Saint-Pétersbourg, WikiLeaks ayant « rajouté ».

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Compléments du dépouillement systématique

Séquences identifiées lors du balayage exhaustif des 259 vidéos du périmètre, hors tri par densité

Fiche 4.112018

L'Afrique vue depuis Moscou et Pékin

Vidéo
Sankara, Françafrique, CFA, où va l'Afrique ? Louis Magloire Keumayou ↗ voir sur YouTube
Invité
Louis Magloire Keumayou, journaliste, président de l'Association de la presse panafricaine
Publication
13/09/2018
Timecode
00:05:41
Question de Sky« Vous parlez de relations avec le reste du monde : la Chine et la Russie sont bien implantées en Afrique. Quelle perception les Africains ont-ils des Chinois et des Russes ? Est-ce que c'est la même perception ? »
Synthèse de la réponse

L'invité distingue les deux présences et les inscrit dans la mémoire de la guerre froide et de la décolonisation, en notant que l'implosion soviétique a laissé un vide dont d'autres acteurs se sont saisis.

Valeur archivistiqueSeptembre 2018, quatre ans avant que la concurrence d'influence russe en Afrique ne devienne un objet central du débat stratégique français.

Fiche 4.122019

« Est-ce qu'on tend la main à la Russie ? Quelle est notre stratégie ? »

Vidéo
USA : Nos anciens alliés ? Arnaud Montebourg ↗ voir sur YouTube
Invité
Arnaud Montebourg, ancien ministre
Publication
25/07/2019
Timecode
01:12:3401:15:00
Question de Sky« [Les États-Unis se comportent] de façon de plus en plus impérialiste. Quelle est notre stratégie ? Est-ce qu'on tend la main à la Russie ? » — puis : « Est-ce que vous pensez qu'ils ont mis un doigt dans l'affaire Alstom parce qu'Alstom se rapprochait trop des Chinois et des Russes ? »
Synthèse de la réponse

Montebourg déplace la question : « ce n'est pas la question russe, c'est d'abord la question européenne ». Il invoque le précédent gaullien d'équidistance « entre les deux empires » et écarte l'hypothèse d'un mobile russo-chinois dans le dossier Alstom.

Fiche 4.132019

Pierucci : « on ne peut pas exister en Europe sans un accord avec les Russes »

Vidéo
Alstom : la France vendue à la découpe ? Frédéric Pierucci ↗ voir sur YouTube
Invité
Frédéric Pierucci, ancien dirigeant d'Alstom, auteur du Piège américain
Publication
08/07/2019
Timecode
01:43:3801:44:30
Question de SkySéquence conduite par Sky sur les conséquences stratégiques de l'extraterritorialité américaine, puis relance directe : « Vous connaissez les Russes ? »
Synthèse de la réponse

Pierucci énonce une thèse d'alignement : « on ne peut pas exister en Europe sans un accord avec les Russes […] plutôt que de faire du Russia bashing comme on le fait dans les médias depuis des années, on devrait se poser la question d'un accord. Le monde va être bipolaire ; si on veut qu'il soit tripolaire, il faut un accord. Sinon, les Russes vont continuer à travailler avec les Chinois. » Sur la relance, il ajoute : « ils tiennent toujours leur parole ; vous ne savez pas comment il va le prendre ».

Valeur archivistiqueJuillet 2019, deux ans avant Alain Juillet (fiche 4.5) et dans les mêmes termes : l'absence d'accord européen pousse mécaniquement Moscou vers Pékin.

Fiche 4.142019

Un prix Nobel sur l'asile de Snowden et l'alliance sino-russe

Vidéo
Un prix Nobel face au krach à venir ? Joseph Stiglitz ↗ voir sur YouTube
Invité
Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001, ancien économiste en chef de la Banque mondiale
Publication
25/09/2019
Timecode
01:12:3301:14:40
Question de Sky« Edward Snowden a trouvé asile en Russie. Quelle a été votre perception de ça ? Et comment expliquez-vous que ce soit la Russie qui protège un de vos patriotes ? » — puis : « La Chine et la Russie qui s'allient : est-ce que c'est le fait que les États-Unis soient dans un comportement complètement psychotique ? »
Synthèse de la réponse

Stiglitz répond par la dérive du secret d'État américain — « on a décidé qu'il ne fallait pas que le peuple sache ce que le gouvernement fait » — et relie le rapprochement sino-russe à la politique américaine plutôt qu'à une convergence idéologique.

Valeur archivistiqueSeptembre 2019. La question du billard à trois bandes, posée à l'ambassade de Russie en 2018 (fiche 1.15), est ici soumise à un prix Nobel américain — et reçoit la même réponse.

Fiche 4.152020

« Un billard à trois bandes face à la Chine ? »

Vidéo
Chaos économique, blanchiment bancaire ? Gaël Giraud ↗ voir sur YouTube
Invité
Gaël Giraud, économiste, directeur de recherche au CNRS
Publication
25/09/2020
Timecode
00:10:49
Question de Sky« Revenons sur la Russie et les États-Unis : est-ce qu'il n'y a pas un billard à trois bandes face à la Chine ? »
Synthèse de la réponse

Giraud conteste la grille binaire française (« on est habitués à penser le monde en termes de pro-atlantistes d'un côté, pro-russes de l'autre ») et pose une question empirique restée sans réponse : « quelle est la décision prise par Trump depuis quatre ans qui soit vraiment défavorable aux Russes ? Je n'en trouve pas. » Il défend par ailleurs la thèse d'un financement russe de forces politiques européennes, citant nommément l'Italie et la France.

Valeur archivistiqueSeptembre 2020. Seule séquence du corpus où un invité soutient frontalement la thèse de l'ingérence financière russe en Europe, à rebours de la tonalité dominante des autres entretiens.

Fiche 4.16Pivot2021

L'ambassadeur de Chine sur ses relations énergétiques avec la Russie

Vidéo
Ambassadeur de Chine sans filtre ? Lu Shaye ↗ voir sur YouTube
Invité
Lu Shaye, ambassadeur de la République populaire de Chine en France
Publication
22/09/2021
Timecode
01:52:4903:23:10
Question de Sky« Est-ce que vous respectez votre parole comme les Russes ? Les Russes donnent leur parole, on sait qu'ils vont la respecter quoi qu'il arrive. » — puis, en fin d'entretien : « La question énergie-Russie : quelles sont vos relations en matière d'énergie avec la Russie ? Comment ont-elles évolué ces dernières années ? » — question issue de la communauté.
Synthèse de la réponse

L'ambassadeur est interrogé sur la fiabilité contractuelle chinoise par comparaison explicite avec la Russie, puis sur l'état des échanges énergétiques sino-russes et l'avancement des nouvelles routes de la soie.

Valeur archivistiqueCinq mois avant l'invasion et quatre mois avant la déclaration conjointe Poutine-Xi du 4 février 2022, la question de l'axe énergétique Moscou-Pékin est posée directement au représentant de Pékin à Paris.

Partie V

Synthèse critique transversale

Anatomie d'une méthode d'entretien, périodicité des objets, évaluation stricte de la prescience, et documentation des angles morts avec la même précision que les réussites.

V.1 · Anatomie de la posture journalistique

Sept invariants de méthode, stables de 2015 à 2022, dégagés des 727 séquences interrogatives

1. La question frontale sans préambule. La forme la plus caractéristique est l'énoncé direct, annoncé comme tel : « La question que je vais vous poser, qui est très directe : est-ce que vous êtes en train de vous préparer à un conflit ouvert nucléaire avec les États-Unis ? » (10/10/2016). De même : « C'est la guerre, là ? » (09/04/2018), « Est-ce qu'on se dirige vers la guerre, la vraie ? » (07/04/2018), « Il bluffe, Poutine, ou pas ? » (07/06/2018). Cette syntaxe courte et fermée contraint l'invité à un positionnement binaire avant de développer.

2. La salve d'hypothèses concurrentes. À l'inverse, sur les sujets structurels, Sky empile quatre à six hypothèses contradictoires dans une même prise de parole, laissant l'invité choisir son terrain, la séquence OTAN du 22/11/2018 en est le modèle. La technique produit un balayage exhaustif du champ des positions possibles.

3. La nomination comme instrument de rupture. Face aux diplomates, la sortie de la langue de bois est provoquée par l'énoncé de noms propres et de chiffres vérifiables : « Konstantin Rykov, ça vous parle ? » ; « quand le baril est en dessous de 54 dollars, votre budget n'est plus à l'équilibre » ; « le PIB russe, c'est combien ? », question sur laquelle le n°2 de l'ambassade doit reconnaître qu'il ne peut répondre.

4. La réciprocité comme test de validité. Chaque grief occidental est retourné en question de symétrie : si la loi française sur les fake news frappe RT, « vous comptez expulser France 24 ? » ; un média financé par l'UE pourrait-il opérer en Russie comme RT en France ? Cette exigence s'applique aussi à la chaîne elle-même : l'invitation, restée sans réponse, adressée aux ambassades américaine et suédoise pour un face-à-face contradictoire.

5. L'usage de la communauté comme second intervieweur. Les questions d'internautes ne sont pas décoratives : elles portent des sujets que l'intervieweur n'aborde pas frontalement, SWIFT et monnaie asiatique, autonomie céréalière, contrôle des services russes par Poutine, Arctique et route du Nord. Elles constituent une seconde couche d'agenda, plus technique, souvent plus prospective.

6. La relance par le signal faible. Sky privilégie les indices matériels sur les déclarations : la brochure de préparation civile réimprimée par la Suède, les sous-marins en mer Noire, l'évacuation du personnel militaire américain de Kiev, les vols de bombardiers le long des côtes françaises, l'IFF désactivé. C'est cette méthode indiciaire, plus que l'expertise des invités, qui donne au corpus sa valeur d'anticipation.

7. L'absence d'alignement énonciatif. Sur la même thématique, Sky adopte des positions d'interrogation opposées selon l'invité : il conteste la minimisation russe des trolls face à Studennikov, mais conteste tout autant la lecture atlantiste face à Desportes ou Todd. La contradiction n'est pas une opinion : c'est une fonction.

V.2 · Les objets thématiques et leur périodicité

Première occurrence, récurrences, statut à la clôture du périmètre

ObjetPremière occurrenceRécurrencesStatut au 23.02.2022
Conflit nucléaire ouvert Russie-USA10.10.20162016 · 2018 · 2020 · 2022Question posée, réponse toujours négative
Sanctions et leur (in)efficacité07.01.20162016 · 2018 ×3 · 2019 · 2021Doctrine d'accoutumance russe documentée
Exclusion de SWIFT09.04.20182018Jugée impensable et techniquement incertaine par Moscou
Nord Stream 2 / gazoducs08.09.20162016 · 2018 · 2022 ×2Casus belli identifié le 17.02.2022
Élargissement / encerclement OTAN07.01.20162016 · 2018 ×4 · 2019 · 2021 · 2022Mécanisme causal explicité par 6 invités
Bascule Moscou-Pékin09.04.20182018 ×4 · 2019 · 2021Décrite comme conséquence des sanctions
Affaire Skripal / faux drapeau07.04.20182018 ×4Doute méthodique majoritaire chez les invités
Ferme à trolls / ingérence électorale16.01.20182018 ×5Dénégations officielles, concessions marginales
Statut de l'Ukraine (tampon / OTAN)07.01.20162016 · 2018 · 2019 · 2021 · 2022Neutralité recommandée par 4 invités
Armes hypersoniques russes07.06.20182018 ×3 · 2021Crédibilité technique validée par l'expertise

V.3 · Antériorité : ce que la comparaison autorise à dire, et ce qu'elle interdit

Protocole : date Thinkerview confrontée à la date d'apparition du thème dans le débat public français, voir Partie VI

Ce que ce tableau mesure, et ce qu'il ne mesure pas

Les délais ci-dessous sont exacts, mais ils ne mesurent pas une prescience. Aucun de ces cinq thèmes n'est né sur cette chaîne : l'exclusion de la Russie de SWIFT est proposée par Londres le 29 août 2014 et votée en résolution par le Parlement européen le 18 septembre 2014, plus d'un an avant la première question de Sky sur le sujet.

Ce que ces délais mesurent, c'est une persistance : l'écart entre le moment où une question cesse d'intéresser le débat public et le moment où elle devient une urgence. La Partie VI en établit la portée.

Question poséeDateDélaiRéalisation
« Est-ce que vous vous sentez encerclé aussi financièrement ? », SWIFT, cartes bancaires21.11.20156 a 3 mExclusion de banques russes de SWIFT, 26.02.2022
« Comment se positionne la Russie face à SWIFT ? […] et si on l'en sortait ? »09.04.20183 a 10 mExclusion de banques russes de SWIFT, 26.02.2022
« Le gaz russe stable par gazoduc, ou le GNL américain 30-40 % plus cher ? »18.12.20183 a 2 mSuspension de la certification de Nord Stream 2, 22.02.2022
« La Russie se sent-elle acculée à ses frontières ? » + projet russe de traité de sécurité resté sans réponse27.09.20183 a 3 mProjets de traités russes remis aux USA et à l'OTAN, 17.12.2021
« L'Europe va redevenir le champ de bataille nucléaire futur »24.02.20202 ansRetour de la rhétorique nucléaire dès le 24.02.2022
« On a poussé les Russes vers les Chinois »09.09.20215 moisDéclaration conjointe Poutine-Xi, 04.02.2022
« Faire tomber l'Ukraine dans l'UE et l'OTAN, c'est juste pas concevable »27.03.20192 a 11 mExigence russe de non-élargissement, motif déclaré de l'intervention
« Créer l'affaire du Donbass pour rendre impossible l'adhésion à l'OTAN »22.11.20183 a 3 mReconnaissance des républiques du Donbass, 21.02.2022
« La Russie leader mondial des céréales, cherche-t-elle l'autonomie alimentaire ? »27.09.20183 a 5 mCrise alimentaire mondiale et blocage céréalier, 2022
« Un tiers du pétrole et un tiers du gaz européens » ; asymétrie gaz/pétrole09.02.202215 joursCadre exact des embargos européens de 2022
« On évacue le personnel militaire américain de Kiev »27.01.202228 joursInvasion du 24.02.2022

Ce que ce tableau établit réellement

Neuf des dix objets ci-dessus ont été introduits dans la conversation par l'intervieweur ou par sa communauté, non par les invités. C'est un fait vérifiable et il reste vrai. Mais il ne prouve pas une antériorité sur le débat public : il prouve que l'agenda de la chaîne était piloté par la rédaction, pas par ses invités, ce qui est une autre propriété, et c'est celle que la Partie VI permet de qualifier.

V.4 · L'angle mort : ce que le corpus n'a pas vu

L'exhaustivité impose de documenter les échecs de prévision avec la même précision que les réussites

1. Aucun invité du corpus n'a prédit l'invasion. Sur les quatre entretiens du périmètre où la question est posée directement en 2021-2022, les réponses sont : « je ne crois pas trop à ce qu'on nous raconte sur un envahissement possible » (Roux de Bézieux, 27/01/2022) ; « une gesticulation générale » (Mélenchon, 21/01/2022) ; « on joue mal la carte russe », sans hypothèse d'invasion (Finaz, 11/01/2022) ; « je ne pense pas que ça va mener à une confrontation militaire » (Pouchkov, 18/12/2018). Le consensus des experts interrogés, militaires, diplomates, économistes, renseignement, est unanimement erroné sur l'événement, tout en étant massivement juste sur les causes et les conséquences.

2. Une asymétrie de sourcing. Le corpus contient six entretiens avec des représentants ou médias russes et aucun entretien avec un représentant, un diplomate, un journaliste ou un chercheur ukrainien. Le seul titre du périmètre comportant le mot « Ukraine » (04/07/2016) porte sur le reportage de guerre, non sur la politique ukrainienne. La parole ukrainienne n'existe dans le corpus que rapportée par des tiers, russes, français ou américains. C'est la limite méthodologique la plus lourde de l'ensemble.

3. Une homogénéité relative des grilles. Les invités récurrents sur les questions russes partagent, malgré leurs divergences politiques, une matrice « réaliste » d'inspiration gaullienne : primauté des rapports de force, méfiance envers l'alignement atlantique, appel à l'autonomie stratégique. Les grilles concurrentes, atlantiste, est-européenne, libérale-normative, sont peu représentées, sauf par les questions de l'intervieweur, qui en assume la charge contradictoire.

4. La sous-estimation du facteur intérieur russe. Le corpus interroge abondamment les intentions extérieures de Moscou, mais très peu les dynamiques internes : verrouillage politique, appareil sécuritaire, économie de guerre. L'exception notable est la question d'internaute du 26/05/2021 sur la perte de contrôle des services par Poutine, à laquelle Védrine répond que « ce n'est pas une bonne nouvelle ».

V.5 · Conclusion

Sur 423 heures d'entretiens publiés entre 2013 et le 23 février 2022, la Russie apparaît dans 76 % des vidéos et fait l'objet de 727 séquences interrogatives caractérisées.

Ce dossier n'établit pas que Thinkerview « aurait vu avant tout le monde ». Le contrôle externe de la Partie VI l'interdit : les cinq grands thèmes préexistaient au corpus, l'exclusion de la Russie de SWIFT ayant été proposée par Londres et votée en résolution par le Parlement européen dès août-septembre 2014, plus d'un an avant la première question de Sky. Il n'établit pas davantage que la chaîne « aurait prédit la guerre » : aucun invité ne l'a fait, et l'intervieweur ne l'a jamais affirmé. Sur les quatre entretiens de 2021-2022 où l'invasion est évoquée frontalement, les quatre réponses sont erronées.

Ce qu'il établit est plus étroit, et vérifiable : entre juin 2015 et février 2022, la totalité des mécanismes qui structureront le conflit et sa gestion occidentale, exclusion de SWIFT, arme gazière et Nord Stream 2, seuil budgétaire du baril, doctrine d'accoutumance aux sanctions, substitution agroalimentaire, encerclement perçu et demande russe de renégociation de l'architecture de sécurité, verrouillage du Donbass contre l'adhésion à l'OTAN, abaissement du seuil nucléaire russe, bascule vers Pékin, ont été nommés, datés et discutés à l'antenne, en accès libre, devant des officiels russes, des généraux français, d'anciens chefs du renseignement et d'anciens ministres des Affaires étrangères. Et qu'ils l'ont été de façon continue, y compris pendant les années où le débat public français s'en était détourné.

L'archive ne documente donc pas un défaut d'information, ni un privilège de clairvoyance. Elle documente un défaut de conséquence : ces éléments étaient disponibles, publics, énoncés par des acteurs qualifiés devant une large audience, et ils n'ont pas modifié les anticipations, y compris celles des personnes qui les énonçaient. C'est cet écart, entre ce qui était su et ce qui a été cru, que le corpus rend mesurable.

Partie VI

Contrôle externe : Thinkerview face au débat public français

Une chronologie n'est démonstrative que confrontée à une autre. Cette partie oppose, thème par thème, les dates du corpus aux dates d'apparition des mêmes sujets dans le débat public français. Elle établit ce que le corpus permet d'affirmer, et lui substitue une propriété mesurable : la continuité.

Thème par thème : corpus Thinkerview contre débat public français
ThèmeThinkerviewDébat public françaisVerdict
SWIFT 21.11.2015
08.09.2016
09.04.2018
08.07.2019
Initiative britannique 29.08.2014 ; résolution du Parlement européen 18.09.2014, relayée par l'AFP le jour même ; puis quasi-éclipse d'environ six ans ; retour institutionnel 29.04.2021 ; retour dans la grande presse 24.01.2022 Pas premier, arrive 14 mois après. Mais quatre occurrences pendant l'éclipse, dont deux posées à des Russes en direct
Nord Stream 2 08.09.2016
18.12.2018
08.07.2019
17.02.2022
Accord de projet 04.09.2015 ; débat spécialisé français 2016 ; premier grand article explicatif Le Monde 25.04.2017 ; couverture régulière 2018 ; politisation française 08.02.2019 Dans la fenêtre médiatique, pas avant. Le traitement de 2016 précède toutefois de sept mois le premier grand article généraliste
Encerclement OTAN 07.04.2016
10.10.2016
22.11.2018
18.12.2018
01.12.2020
2021 ×3
Débat français depuis 1996-97 ; formulation grand public Le Monde 16.04.2008 ; thème récurrent mais événementiel entre 2015 et 2021, culminant aux sommets et aux crises Pas une découverte. L'écart est de nature, pas de date : traitement continu contre traitement par pics
Axe Moscou-Pékin Chaque année de 2013 à 2022 sans exception, 77 vidéos, 186 occurrences Think tanks dès mars-septembre 2014 ; institutions françaises 2015 ; presse généraliste : septembre 2018 (exercices Vostok) Cinq mois d'avance sur la presse généraliste, et surtout une continuité de neuf ans sans équivalent
Dépendance gaz russe 08.09.2016
18.12.2018
27.01.2022
09.02.2022
17.02.2022
Controverse dès 1981-82 ; alerte de masse janvier 2006 ; rappels 2009 et 2014 ; réactivation aiguë automne 2021 Pas une découverte. Creux Thinkerview 2019-2021, symétrique de celui de la presse
Risque de guerre avec la Russie Chaque année de 2013 à 2022, 52 vidéos, 101 occurrences Traitement lié aux crises : 2014, 2018 (Skripal), fin 2021 Question maintenue hors période de crise, y compris en 2019-2020

Ce que la comparaison interdit de dire

La recherche externe conclut, mot pour mot : « aucun de ces cinq thèmes n'est apparu soudainement après le 24 février 2022 ». Tous préexistaient, certains de plusieurs décennies. Une formule du type « Thinkerview avait tout vu avant tout le monde » ne serait pas soutenable : elle se heurterait à la résolution du Parlement européen du 18 septembre 2014.

Réserve méthodologique de la source elle-même : établir un « silence médiatique » avec certitude exigerait un dépouillement exhaustif d'Europresse, Factiva et des archives de l'INA. Les datations ci-dessus sont les plus anciennes occurrences solides retrouvées, non des preuves d'inexistence antérieure. Le matériau de contrôle est reproduit intégralement en annexe séparée, avec ses 381 références, afin que le raisonnement soit auditable.

VI.1 · Chronologie croisée détaillée

Points de repère du débat public que le corpus ne pouvait pas ignorer, et qui en déplacent la lecture

DateFait établi hors corpusConséquence pour la lecture du dossier
1981-1982 Controverse transatlantique sur le gazoduc euro-sibérien : Reagan affirme dès janvier 1981 que le projet accroîtrait la dépendance de l'Europe envers l'URSS. La France signe son contrat d'achat le 22 janvier 1982. La dépendance gazière comme risque stratégique est un débat vieux de quarante ans. La fiche 3.1 (2016) s'inscrit dans une controverse ancienne, elle ne l'ouvre pas.
08.07.1997 Jacques Chirac explique publiquement que la France a exigé un accord préalable avec Moscou sur l'élargissement de l'OTAN, afin que la Russie ne se sente ni « agressée » ni « humiliée ». Le vocabulaire de l'humiliation russe, central dans les fiches 2.3, 2.4 et 4.1, est énoncé au sommet de l'État français vingt ans plus tôt.
Janvier 2006
Janvier 2009
Deux guerres du gaz russo-ukrainiennes, largement couvertes : Le Monde parle de « guerre du gaz » dès le 3 janvier 2006 ; un rapport de l'Assemblée nationale du 20 janvier 2009 étudie les conséquences pour l'approvisionnement français. L'usage du gaz comme levier de pression est documenté par deux précédents avant que le corpus ne s'en saisisse.
02-04.04.2008 Au sommet de Bucarest, la France et l'Allemagne s'opposent à l'entrée immédiate de l'Ukraine et de la Géorgie dans le plan d'adhésion à l'OTAN, pour ne pas heurter Moscou frontalement. La thèse « l'adhésion ukrainienne est un point de rupture », défendue dans les fiches 2.4, 2.8 et 4.2, était une position officielle française dès 2008.
21.05.2014 Contrat gazier sino-russe de 400 milliards de dollars sur trente ans. La presse française en rend compte le jour même et cite explicitement l'objectif de doter la Russie d'un second marché pour pallier les sanctions européennes. La bascule vers Pékin est matérialisée avant que le corpus ne s'en saisisse. Les fiches 1.15, 4.5 et 4.6 décrivent un mouvement déjà engagé, elles ne le révèlent pas.
04.12.2014 Andreï Kostine, président de VTB, déclare qu'une exclusion de SWIFT « signifierait la guerre ». La formule est de lui, non de Medvedev, ce dernier parlera le 27.01.2015 d'une réaction « sans limites », sans employer les mots « déclaration de guerre ». Renforce considérablement la fiche 1.0. Quand Sky pose la question SWIFT le 21.11.2015, la partie russe a déjà qualifié publiquement la mesure de casus belli un an plus tôt, ce qui rend la dénégation de Studennikov (« personne n'y pense, tout marche très bien ») d'autant plus remarquable.
Mai 2015
07.10.2015
Note de recherche de l'IRSEM, puis rapport du Sénat, constatant une réorientation de l'économie russe vers la Chine « sous l'effet des sanctions occidentales ». La thèse défendue par Alain Juillet en 2021 (fiche 4.5) était documentée par les institutions françaises six ans plus tôt. Elle n'est pas hétérodoxe : elle est simplement absente du débat médiatique.
14.06.2016 Le Monde rapporte que Moscou qualifie le déploiement de quatre bataillons de l'OTAN en Pologne et dans les pays baltes de manœuvre d'« encerclement ». La question de Sky du 07.04.2016 (fiche 2.0) précède cet article de deux mois. Écart réel mais court : antériorité de quelques semaines, pas de plusieurs années.
04.09.2015
23.09.2016
Accord Nord Stream 2 signé par Gazprom, E.ON, BASF, OMV, Shell et le français Engie ; note de l'Ifri observant que les débats « font rage » depuis l'annonce. Le sujet est français dès l'origine par la participation d'Engie. Le traitement du corpus (08.09.2016) est contemporain du débat spécialisé, non antérieur.
17.08.2021
31.08.2021
Le Figaro signale des prix gaziers records après réduction des capacités réservées par Gazprom via l'Ukraine ; Le Monde écrit que Gazprom en est en partie responsable. Corrobore la fiche 3.6 : quand Roux de Bézieux affirme le 27.01.2022 que la tension sur le gaz russe est antérieure à la crise ukrainienne, il dit vrai, et c'est vérifiable dans la presse française dès la mi-août 2021.
29.04.2021
16.12.2021
Le Parlement européen réclame de nouveau l'exclusion de SWIFT en cas d'invasion, puis dans sa résolution sur la concentration des forces russes. Ferme la fenêtre d'éclipse médiatique. La dernière occurrence du corpus sur SWIFT (08.07.2019) tombe donc à l'intérieur de cette fenêtre, non après.

Deux réserves que le contrôle externe impose au dossier

1. Sur l'encerclement, distinguer le fait de la thèse. Il faut séparer deux propositions que plusieurs fiches de ce dossier tendent à confondre : (a) le fait, largement rapporté par la presse française depuis 2008, que Moscou déclare se sentir encerclé ; (b) la thèse normative selon laquelle l'élargissement aurait causé ou justifié la politique russe. La première est un constat journalistique banal. La seconde est « beaucoup plus discutée et politiquement polarisée ». Les fiches 2.4 (Desportes), 2.8 (Galactéros), 2.10 (Dénécé) et 4.5 (Juillet) relèvent de la seconde : elles doivent être lues comme des prises de position argumentées, non comme des constats établis.

2. Sur la bascule vers Pékin, prudence causale. Les sanctions de 2014 n'ont pas créé le partenariat sino-russe, antérieur, ni le « pivot vers l'Asie », annoncé avant la crise ukrainienne. Elles l'ont accéléré et élargi. La formule d'Alain Juillet, « on a poussé les Russes vers les Chinois » (fiche 4.5), est donc une simplification opératoire, pas une description causale complète.

VI.2 · Les trois propriétés qui, elles, résistent

1. La continuité pendant les éclipses. C'est la propriété la plus solide, et elle est chiffrable. Sur SWIFT, la presse française traite le sujet en septembre 2014, puis le laisse tomber pendant environ six ans. Thinkerview le pose quatre fois dans cet intervalle, novembre 2015, septembre 2016, avril 2018, juillet 2019. Sur l'axe Moscou-Pékin, le corpus contient au moins une séquence chaque année de 2013 à 2022, quand la presse généraliste ne s'en saisit vraiment qu'en septembre 2018. Là où le traitement médiatique est événementiel, il monte aux sommets de l'OTAN, aux crises gazières, aux affaires d'empoisonnement, et retombe entre deux, le traitement de la chaîne est continu.

2. La confrontation directe. Aucun média français grand public n'a soumis ces hypothèses à des représentants officiels russes en direct, sans montage et sans limite de durée. Le corpus en contient quatre, soit 6 h 09 cumulées, auxquels s'ajoutent deux entretiens avec les médias d'État russes. La proposition d'un débat contradictoire avec les ambassades américaine et suédoise, restée sans réponse, est documentée à l'antenne le 09/04/2018.

3. Le format comme condition de possibilité. L'argument n'est pas rhétorique : il est formulé par l'invité lui-même. Studennikov, le 09/04/2018 : « ces dernières semaines j'ai été invité plusieurs fois à différentes radios et chaînes de télévision. C'est toujours 7 minutes, 8 minutes, ce n'est pas suffisant pour aborder cet incident majeur. » La question sur SWIFT arrive à 1 h 49 d'entretien ; celle sur l'encerclement à 1 h 35 ; celle sur le seuil budgétaire du baril à 39 minutes. Aucune n'aurait existé dans un format court.

VI.3 · La courbe, corpus complet 2013-2026

440 transcriptions, densité de mentions rapportée au nombre de vidéos, la comparaison avant/après invasion

Année20152016201720182019202020212022202320242025
Mentions / vidéo14,127,910,733,610,510,816,355,522,455,552,2

Cette courbe interdit elle aussi une facilité : Thinkerview parle davantage de la Russie après l'invasion qu'avant, environ 55 mentions par vidéo en 2022 et 2024 contre 33,6 au pic pré-guerre de 2018. La chaîne a suivi l'actualité comme tout le monde. L'énoncé « ils en parlaient plus avant qu'après » serait faux.

Ce que la courbe montre en revanche, c'est que les pics de 2016 (27,9) et 2018 (33,6) atteignent, en pleine période de désintérêt général, un niveau de densité que le reste de l'écosystème médiatique français n'atteindra qu'en 2022. Et que le creux de 2019-2020 (10,5 puis 10,8) correspond exactement aux années où le sujet disparaît du débat français, période pendant laquelle la chaîne maintient malgré tout Dénécé, Norlain et le rapport CAPS à l'antenne.

Annexes

Corpus des entretiens exploités et réserves

Les 34 entretiens mobilisés dans les fiches
DateTitreInvité(s)Durée
21.11.2015Géopolitique, Russie, Terrorisme, FinanceHervé de Carmoy et al.1 h 19
07.01.2016Ambassadeur de Russie face à l'augmentation des tensionsAlexandre Orlov1 h 20
04.07.2016200 terroristes sur le territoire ? Entre Ukraine, Irak, TerrorismeReporter de guerre0 h 59
08.09.2016L'énergie des conflits, les conflits de l'énergieTable ronde énergie1 h 10
10.10.2016États-Unis-Russie : Tensions Géopolitiques et TerrorismeArtem Studennikov0 h 49
21.02.2017Sputnik France - Sans FiltrePorte-parole de Sputnik France1 h 07
16.01.2018Propagande VS Journalisme ? RT FranceXenia Fedorova1 h 28
03.04.2018Géopolitique, macroéconomie sans filtreDelamarche, Gave, Sabatier2 h 20
07.04.2018DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondialesAlain Juillet2 h 17
09.04.2018Ambassade de Russie, Espions, Guerre Froide sans filtreArtem Studennikov2 h 03
25.04.2018Propagande de Guerre, Cinéma, GéopolitiquePierre Conesa1 h 45
07.06.2018Modèle Janus et Armes russesJean-Pierre Petit1 h 58
14.09.2018Guerres, Embargos et PropagandesPierre Conesa1 h 21
27.09.2018École de Guerre : L'état du mondeDelamarche, Sabatier, Juillet2 h 00
27.09.2018Ambassade de Russie : Acte 2Artem Studennikov1 h 57
07.11.2018Trahison des élites françaises ?Emmanuel Todd2 h 11
22.11.2018Armée française : Quelle stratégie ?Général Vincent Desportes1 h 44
18.12.2018Futur de l'ordre mondial, la menace russe ?Alekseï Pouchkov1 h 35
27.03.2019Géopolitique : Cynisme et bons sentiments ?Caroline Galactéros1 h 46
11.09.2019La France en danger : où en est le renseignement ?Eric Dénécé1 h 34
24.02.2020Général 5 étoiles face à la bombe nucléaire ?Bernard Norlain1 h 38
15.05.2020Insurrections, Espions, COVID-19, Crises mondialesBernard Squarcini2 h 32
20.05.2020COVID-19, Crise financière, Chine, Menace sur la FranceChristian Harbulot2 h 20
26.05.2021Géopolitique : Le désastre Français ?Hubert Védrine2 h 58
03.06.2021Militaires en colère ?Général Henri Bentégeat2 h 32
09.09.2021La fin de la guerre classique ?Alain Juillet1 h 57
22.09.2021Ambassadeur de Chine sans filtre ?Lu Shaye3 h 30
12.10.2021Journaliste sous les balles ?Régis Le Sommier2 h 40
11.01.2022L'art de la guerre et du commandement ?Amiral Loïc Finaz2 h 06
21.01.2022Où va la France ? Part 1Jean-Luc Mélenchon2 h 13
27.01.2022La France face à la nouvelle mondialisation ?Geoffroy Roux de Bézieux2 h 12
09.02.2022Éviter l'effondrement ?Jancovici, Morel2 h 48
17.02.2022L'emprise, la France sous influence ?Marc Endeweld3 h 04
23.02.2022Crash des médias ? Crash des journalistes ?Paul Moreira, Edwy Plenel1 h 50

Sources externes du contrôle (Partie VI)

→ Consulter le matériau de contrôle intégral (recherche documentaire complète, 381 références, non vérifiée pièce à pièce).

Références sur lesquelles repose la confrontation au débat public français, issues d'une recherche documentaire automatisée

Statut de ces sources

Ces références proviennent d'une recherche documentaire automatisée conduite pour ce dossier. Elles ont été retenues parce qu'elles portent des datations précises et vérifiables, mais chaque lien doit être ouvert et contrôlé avant toute citation publique : ni la persistance des URL, ni l'exactitude de chaque date rapportée n'ont fait l'objet d'une vérification pièce à pièce. La source elle-même précise qu'établir un « silence médiatique » avec certitude exigerait un dépouillement exhaustif d'Europresse, Factiva et des archives de l'INA.

Références du contrôle externe, par thème
ThèmeRéférenceCe qu'elle établit
SWIFT MoneyVox / AFP, 18.09.2014 Résolution du Parlement européen demandant d'envisager l'exclusion de la Russie de SWIFT, relayée en français le jour même
Parlement européen, 16.12.2021 Résolution sur la concentration des forces russes, réclamant de nouveau l'exclusion de SWIFT
Banque de France, Le rôle de SWIFT Description institutionnelle française du mécanisme et de sa portée
Le Figaro, 25.02.2022 La France soutient l'exclusion : bascule effective, au lendemain de l'invasion
Conseil de l'UE, chronologie des sanctions Chronologie officielle, utile pour dater chaque train de sanctions
Nord Stream 2 Le Monde, 25.04.2017 Premier grand article explicatif dans un quotidien généraliste français
Le Figaro, 08.02.2019 Politisation française du dossier : compromis franco-allemand sur la directive gaz
Le Monde, 03.08.2019 Suivi régulier du dossier dans la presse française
Le Monde, 26.02.2021 Grand dossier un an avant l'invasion, après la demande française de renoncement
OTAN / encerclement Le Monde, 14.06.2016 Moscou qualifie d'« encerclement » le déploiement de quatre bataillons, deux mois après la fiche 2.0
Le Monde, 05.05.2016 État du débat otanien un mois après la fiche 2.0
Sénat, rapport du 07.10.2015 Rapport parlementaire français sur les relations avec la Russie et l'effet des sanctions
Axe Moscou-Pékin Carnegie, 24.03.2014 Première lecture des sanctions comme accélérateur du basculement vers la Chine
Carnegie, 08.09.2014 Les sanctions poussent le Kremlin vers un alignement plus étroit avec Pékin
IRSEM, note de recherche, mai 2015 Analyse française institutionnelle du rapprochement comme réponse à l'isolement
Carnegie, 26.04.2016 Évaluation critique de l'effet réel des sanctions sur les liens sino-russes (prudence causale)

Limites et réserves

  1. Fonctions des invités indiquées telles qu'elles étaient au moment de l'entretien, d'après leur présentation à l'antenne. Lorsque cette présentation est absente ou inaudible dans le sous-titrage, la fonction est restituée d'après la notoriété publique et signalée comme telle.
  2. Deux vidéos du périmètre n'ont pas de transcription (absence de sous-titres français) : Loi de programmation militaire et neutralité du réseau et Jérémie Zimmermann (2013), toutes deux hors thématique russe.
  3. La qualité du sous-titrage automatique décroît fortement avant 2019, absence de ponctuation, agglutination des locuteurs. Les fiches concernées portent la mention [reformulation fidèle]. Toute citation destinée à publication devrait être revérifiée à l'écoute aux timecodes fournis.
  4. Les questions marquées « question d'internet » sont formulées par la communauté et lues par l'intervieweur ; elles participent de l'agenda de la chaîne mais ne peuvent être attribuées à Sky en propre.
  5. Le périmètre est strictement pré-invasion. Aucune vidéo postérieure au 23/02/2022 n'a été mobilisée, y compris pour l'évaluation de la Partie V.